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mardi 26 juillet 2011
Une péripétie
Un ami de mes parents est mort hier.
Pas forcement proche, pas forcement un très bon ami ; juste un père de famille, la cinquantaine.
Pas suffisamment proche pour que j'aie suivi en détail l'avancée du cancer, la rechute, les dernières semaines où l'on sait déjà. Juste une info de temps en temps, "ah, au fait, Pascal a été hospitalisé".
Un fait, indépendant de nos vies à nous, presque comme un personnage de roman dont on suit les péripéties.
Comme la mort d'Amy Winehouse, que j'ai lue sur Internet, que j'ai apprise comme j'avais appris la mort de ce personnage du Trône de Fer, à cinq minutes d'intervalle. Elle, overdose, lui, décapité.
Lui, cancer.
Juste un rebondissement dans l'histoire, à classer avec les mariages, les découvertes de filiations cachées ou les accidents de voiture.
Avec une famille ravagée en plus. En vrai.
mardi 12 juillet 2011
Toute la musique que je j'aime...
Il y avait un film - l'homme de ma vie m'en parle régulièrement, mais j'oublie le nom régulièrement - où le héros range les périodes de sa vie suivant la musique qu'il écoutait à l'époque.
J'ai entamé mon 5ème mois de Chine, et voilà les musiques qui pour toujours, seront associées à Pékin dans mon esprit :
Britney Spears, Femme Fatale ; Far East Mouvement, Like a G6.
C'est l'hiver à Pékin, il fait un froid insoutenable. Le manteau que j'ai apporté de France ne suffit pas à couper le vent. Il fait nuit tôt, et je rencontre mes premiers amis étrangers dans des bars, en buvant mes premières Tsing Tao. Femme Fatale est un album sale, la musique est nasty. C'est sans aucun doute une musique qui dit : Fais la fête pour survivre. Like a G6 passe en boucle dans les clubs bondés. Shots de tequilas avec mes collocs chinoises.
Alex Beaupain, Les Chansons d'Amour ; André Manouquian, So in Love.
Il fait toujours froid, mais je m'habitue à la ville, à ses habitants. Je n'arrive pas à gérer la distance, je garde peu de contacts avec Paris. La France me manque. Je teste mon premier vin chinois, j'achète des Vaches qui rit comme ersatz de fromage. J'écoute Les Chansons d'Amour en boucle, et je regarde le film quatre fois d'affilée. Forcément, je pleure. Les français quittent Pékin les uns après les autres. Le printemps se dessine.
Amy Whinehouse, Frank ; Emilie Simon, Dame de Lotus ; Les BB Brunes, sélection.
Un très court printemps, deux semaines, trois peut-être. Le soleil est doux et l'on va à la plage, on fait des barbecue. J'essaye de faire écouter un peu de musique française aux étrangers, ils tombent amoureux d'Emilie Simon. Je prépare l'arrivée du boyfriend, je commence seulement à apprendre quelques mots de chinois. Yuo guai, zuo guai. Les BB Brunes me rappellent le lycée.
Oh La La, Oh La La ; Les Brigitte, Et vous tu m'aimes ?.
Le boyfriend est arrivé et a apporté avec lui deux albums français. Je les écoute en marchant jusqu'au bureau. La chaleur est étouffante. Je suis en paix avec Pékin, Paris, mes amis. La reprise de Ma Bentz par les Brigitte est trop sexuelle pour cette chaleur ; mais Oh La La me rappelle combien j'aime Paris. Oh La La incarne Paris, une soirée dans un bar, un verre de bon vin. Nous mangeons beaucoup de tofu épicé, et la Tiger coule à flot. Je sens venir la fin.
Britney Spears, Femme Fatale.
Le prochain stagiaire arrive demain, et je pars dans 33 jours. Je retourne à mes premières amours. Etrangement, Femme Fatale est moins nasty, écouté en été. Till the world ends sent toujours la sueur des clubs, mais les soirées sont plus joyeuses, presque nostalgiques. Comme si Britney s'était débarrassée de ses démons. Danser pour vivre, et non plus pour survivre.
J'ai entamé mon 5ème mois de Chine, et voilà les musiques qui pour toujours, seront associées à Pékin dans mon esprit :
Britney Spears, Femme Fatale ; Far East Mouvement, Like a G6.
C'est l'hiver à Pékin, il fait un froid insoutenable. Le manteau que j'ai apporté de France ne suffit pas à couper le vent. Il fait nuit tôt, et je rencontre mes premiers amis étrangers dans des bars, en buvant mes premières Tsing Tao. Femme Fatale est un album sale, la musique est nasty. C'est sans aucun doute une musique qui dit : Fais la fête pour survivre. Like a G6 passe en boucle dans les clubs bondés. Shots de tequilas avec mes collocs chinoises.
Alex Beaupain, Les Chansons d'Amour ; André Manouquian, So in Love.
Il fait toujours froid, mais je m'habitue à la ville, à ses habitants. Je n'arrive pas à gérer la distance, je garde peu de contacts avec Paris. La France me manque. Je teste mon premier vin chinois, j'achète des Vaches qui rit comme ersatz de fromage. J'écoute Les Chansons d'Amour en boucle, et je regarde le film quatre fois d'affilée. Forcément, je pleure. Les français quittent Pékin les uns après les autres. Le printemps se dessine.
Amy Whinehouse, Frank ; Emilie Simon, Dame de Lotus ; Les BB Brunes, sélection.
Un très court printemps, deux semaines, trois peut-être. Le soleil est doux et l'on va à la plage, on fait des barbecue. J'essaye de faire écouter un peu de musique française aux étrangers, ils tombent amoureux d'Emilie Simon. Je prépare l'arrivée du boyfriend, je commence seulement à apprendre quelques mots de chinois. Yuo guai, zuo guai. Les BB Brunes me rappellent le lycée.
Oh La La, Oh La La ; Les Brigitte, Et vous tu m'aimes ?.
Le boyfriend est arrivé et a apporté avec lui deux albums français. Je les écoute en marchant jusqu'au bureau. La chaleur est étouffante. Je suis en paix avec Pékin, Paris, mes amis. La reprise de Ma Bentz par les Brigitte est trop sexuelle pour cette chaleur ; mais Oh La La me rappelle combien j'aime Paris. Oh La La incarne Paris, une soirée dans un bar, un verre de bon vin. Nous mangeons beaucoup de tofu épicé, et la Tiger coule à flot. Je sens venir la fin.
Britney Spears, Femme Fatale.
Le prochain stagiaire arrive demain, et je pars dans 33 jours. Je retourne à mes premières amours. Etrangement, Femme Fatale est moins nasty, écouté en été. Till the world ends sent toujours la sueur des clubs, mais les soirées sont plus joyeuses, presque nostalgiques. Comme si Britney s'était débarrassée de ses démons. Danser pour vivre, et non plus pour survivre.
jeudi 7 juillet 2011
Comment j'aurais pu devenir un gros macho, et en fait non.
L'affaire DSK nous a flingué le cerveau, ses accusatrices créent la polémique, ses défenseurs nous font saigner les oreilles à coup d'offenses à la raison, toussa. On en aurait presque marre de vouloir croire à l'égalité, au statut des femmes. Bof bof. Ca serait beaucoup plus simple si on était des gros machos.
On n'a qu'à s'en foutre, un peu, non ?
Ca me paraissait pas mal comme solution.
Et puis, j'ai regardé Sucker Punch.
L'homme qui partage ma vie m'avait convaincue de faire preuve d'un peu d'humour, et de regarder des meufs bonnes en minijupes mitrailler des dragons. (ça aurait pu marcher - rapport au fait que j'aime bien les meufs bonnes, quand même)
Sauf que des couettes blondes et un bout de nombril, les mecs, Britney l'avait fait il y a 10 ans.
Mais Sucker Punch n'est même pas un navet. C'est pire.
Intrigue (si tant est qu'on puisse appeler ça une intrigue) :
Une orpheline se fait emmener par son père dans un hôpital psychiatrique pour qu'ils la lobotomisent (ambiance glauque, pas très loin de Saw). Elle a 5 jours à patienter avant l'opération. Pour survivre, elle s'invente un monde où l'hôpital est un cabaret et ses potes sont des prostituées maltraitées (ambiance Chicago et Moulin Rouge). Là, elles survivent grâce à leurs talents de danseuses. Elles planifient leur évasion. D'ailleurs, pendant que l'héroïne danse, elles se retrouvent toutes ensemble dans un monde où elles combattent des dragons, des robots et/ou des Poilus allemands zombies (ambiance jeu vidéo).
Vous trouvez que mon résumé du scénario est pas très clair ? C'est pas clair dans le film non plus.
Ca a l'air stupide et misogyne ? Ca l'est dans le film aussi.
Ca vous choque de voir qu'on peut associer les codes du fantasme à des scènes d'humiliation, de menace de viol, de torture et de meurtre, tout en faisant passer ça pour de la rébellion féminine ?
Là, elle se fait attaquer par son père. Mais heureusement, au lieu de se rebeller dans la vraie vie, elle s'invente un autre monde. Un monde où elle est prostituée. C'est ça, la force de l'esprit de la femme.
Bref, au début, j'ai cru que j'allais m'endormir. Puis j'ai cru que j'allais mourir tellement l'esthétique est ridicule. Puis j'ai cru que j'allais vomir, tellement ce que les présupposés derrière l'intrigue et les personnages sont pervers et misogynes.
Puis j'ai su que je serais jamais un gros macho, et que je pourrai jamais m'en foutre, de la place de la femme, toussa.
mardi 31 mai 2011
Du LOL en barre
Je réfléchis trop, dernièrement. Je poste trop sur ce blog ; je remets tout en cause. Je débats avec Scarlett, avec Lo, du sens de la vie, de l'existence de Dieu, de la pérennité des relations humaines, de la couleur des manucures.
Je réfléchis trop, je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Et dans ces moments-là, il n'y a qu'une chose qui me sauve. Pas l'Haagen Dazs à la noix de Macadamia, pas la saison 2 de Glee (un peu, quand même).
Le LOL. Les memes Internet. Les vidéos de chatons qui éternuent et les détournements graveleux de Star Wars ou d'Harry Potter. Les photomontages d'Obama ; les gifs impliquant 50 Keanu Rieves et une bande son insoutenable. Aucun sens, aucun but, juste du pur délire.
Certains vont me dire : Mer tu et fou ; mais c'est ma passion secrète, mon obsession honteuse. Et ça marche : rire de You've gotta be kitten me permet de mieux dormir la nuit sans trop penser à la vie après la mort.
Je réfléchis trop, je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Et dans ces moments-là, il n'y a qu'une chose qui me sauve. Pas l'Haagen Dazs à la noix de Macadamia, pas la saison 2 de Glee (un peu, quand même).
Le LOL. Les memes Internet. Les vidéos de chatons qui éternuent et les détournements graveleux de Star Wars ou d'Harry Potter. Les photomontages d'Obama ; les gifs impliquant 50 Keanu Rieves et une bande son insoutenable. Aucun sens, aucun but, juste du pur délire.
Certains vont me dire : Mer tu et fou ; mais c'est ma passion secrète, mon obsession honteuse. Et ça marche : rire de You've gotta be kitten me permet de mieux dormir la nuit sans trop penser à la vie après la mort.
Enkuler de rire.
jeudi 19 mai 2011
Ma volonté, c'est les autres
Je crois que je peux le dire, j'aime bien être seule. Du moins, je m'habitue.
Mais être seule, c'est trop demander à ma force d'esprit : je plie sous le poids des responsabilités.
Je me suis rendue compte récemment que je ne suis civilisée qu'en présence d'autres humains. Il est si facile de se laisser aller quand personne n'est là pour réclamer des comptes. Passer la journée au lit, ne pas travailler, ne pas ranger. Ne pas sortir de l'appartement de la journée, puis de la journée d'après, puis de la journée d'après. Quand il n'y a personne d'autre que soi, vivre correctement est un véritable défi de la volonté. Et moi, je ne suis qu'une plante fragile, et ma tige est molle : je m'effondre si l'on me retire mes tuteurs, mon entourage.
J'ai un pensée pour les personnes qui vivent seules, véritablement seules. Qui n'ont personne à qui téléphoner, personne à visiter. Pas de hiérarchie, pas d'entourage. Rien qui les pousse à sortir, à se nourrir, à s'habiller le matin.
La volonté, c'est les autres. Autrui est un très bon anti-procrastinateur.
Et devient-on adulte à partir du moment où l'on est capable de se gérer seul, sans l'aide de ces tuteurs ? Ou bien peut-être, n'est-ce qu'un question de caractère ? Il se pourrait que certains caractères soient améliorables, au cours du temps, mais restent toujours des plantes sans véritables tiges. J'aimerais pouvoir dire qu'à mon âge, enfin, je suis adulte. Mais il devient clair que non, sans contacts humains, je ne sais pas me gérer.
Alors que faire, attendre ? Ou bien se lancer dans la vie adulte quand même ?
Prendre le risque de foutre en l'air des choses de plus en plus importantes, si l'on échoue ? Est-ce qu'avoir un enfant responsabilise soudainement assez pour nous aider à s'occuper de lui ? Est-ce qu'un enfant est un fruit lourd de plus, qui fait plier la tige, ou bien est-ce un tuteur supplémentaire ? Faut-il attendre d'avoir les pieds bien droits dans ses bottes, les pieds sur terre, pour s'engager ?
Je me laisse un an pour décider.
Mais être seule, c'est trop demander à ma force d'esprit : je plie sous le poids des responsabilités.
Je me suis rendue compte récemment que je ne suis civilisée qu'en présence d'autres humains. Il est si facile de se laisser aller quand personne n'est là pour réclamer des comptes. Passer la journée au lit, ne pas travailler, ne pas ranger. Ne pas sortir de l'appartement de la journée, puis de la journée d'après, puis de la journée d'après. Quand il n'y a personne d'autre que soi, vivre correctement est un véritable défi de la volonté. Et moi, je ne suis qu'une plante fragile, et ma tige est molle : je m'effondre si l'on me retire mes tuteurs, mon entourage.
J'ai un pensée pour les personnes qui vivent seules, véritablement seules. Qui n'ont personne à qui téléphoner, personne à visiter. Pas de hiérarchie, pas d'entourage. Rien qui les pousse à sortir, à se nourrir, à s'habiller le matin.
La volonté, c'est les autres. Autrui est un très bon anti-procrastinateur.
Et devient-on adulte à partir du moment où l'on est capable de se gérer seul, sans l'aide de ces tuteurs ? Ou bien peut-être, n'est-ce qu'un question de caractère ? Il se pourrait que certains caractères soient améliorables, au cours du temps, mais restent toujours des plantes sans véritables tiges. J'aimerais pouvoir dire qu'à mon âge, enfin, je suis adulte. Mais il devient clair que non, sans contacts humains, je ne sais pas me gérer.
Alors que faire, attendre ? Ou bien se lancer dans la vie adulte quand même ?
Prendre le risque de foutre en l'air des choses de plus en plus importantes, si l'on échoue ? Est-ce qu'avoir un enfant responsabilise soudainement assez pour nous aider à s'occuper de lui ? Est-ce qu'un enfant est un fruit lourd de plus, qui fait plier la tige, ou bien est-ce un tuteur supplémentaire ? Faut-il attendre d'avoir les pieds bien droits dans ses bottes, les pieds sur terre, pour s'engager ?
Je me laisse un an pour décider.
mercredi 4 mai 2011
Ne pas remettre à demain...
Je voulais écrire sur quelque chose de léger, et puis je suis tombée sur cet article, parlant du déni de grossesse et des bébés congelés. Affreuse dénomination pour un phénomène affreux, incompris. On y parle de Véronique Courjault, cette mère de famille condamnée, et aussi de la jeune femme de 26 ans dont a un retrouvé un bébé, congelé, il y a deux jours.
On y parle de femmes qui se retrouvent dans une situation qui ne les arrange pas : une grossesse, et qui décident, inconsciemment, de ne pas en prendre conscience.
Pas besoin d'être dans une grande misère sociale ou affective ; il suffit de se sortir tout ça de la tête, définitivement, retirer cela de son esprit. Aussi simple, aussi bête.
Mais ce qui m'a profondément dérangée, c'est la description qu'en font les médecins (dans l'article en question, mais aussi ailleurs). Ce sont des femmes, disent-ils, qui procrastinent en permanence, au quotidien. Qui sont engluées dans le quotidien, qui ne voient que ce qu'elles veulent voir. Qui écartent de leur esprit ce qui les dérange - parce que c'est plus simple.
Ce qui m'a terrifiée quand je me suis penchée sur cette question, c'est que c'était une parfaite description de la manière dont je fonctionne.
Procrastiner sur de très longues durées, sur des choses graves, sur des relations sociales importantes. Des examens médicaux (1 an), une réponse pour le mariage d'amis (4 mois)... C'est que je vis au quotidien sans m'occuper des choses qui me dérangent ou me font peur. Parce que c'est plus simple. Et souvent, j'oublie, sincèrement, inconsciemment.
Jour après jour, la situation s'aggrave, et je ne trouve plus la force - passé un moment - pour prendre les choses en main si je ne l'ai pas fait dans les premiers jours. Alors je laisse traîner, jusqu'au moment où la réalité me force à remettre les pieds sur Terre, la plupart du temps lorsque le problème est déjà advenu.
Je ne dis pas que je puisse être capable, un jour, de tuer un bébé après 9 mois de déni de grossesse. Je dis seulement que je sais que c'est possible, et que je sais de quel caractère cela vient. Le même caractère que le mien.
On y parle de femmes qui se retrouvent dans une situation qui ne les arrange pas : une grossesse, et qui décident, inconsciemment, de ne pas en prendre conscience.
Pas besoin d'être dans une grande misère sociale ou affective ; il suffit de se sortir tout ça de la tête, définitivement, retirer cela de son esprit. Aussi simple, aussi bête.
Mais ce qui m'a profondément dérangée, c'est la description qu'en font les médecins (dans l'article en question, mais aussi ailleurs). Ce sont des femmes, disent-ils, qui procrastinent en permanence, au quotidien. Qui sont engluées dans le quotidien, qui ne voient que ce qu'elles veulent voir. Qui écartent de leur esprit ce qui les dérange - parce que c'est plus simple.
Ce qui m'a terrifiée quand je me suis penchée sur cette question, c'est que c'était une parfaite description de la manière dont je fonctionne.
Procrastiner sur de très longues durées, sur des choses graves, sur des relations sociales importantes. Des examens médicaux (1 an), une réponse pour le mariage d'amis (4 mois)... C'est que je vis au quotidien sans m'occuper des choses qui me dérangent ou me font peur. Parce que c'est plus simple. Et souvent, j'oublie, sincèrement, inconsciemment.
Jour après jour, la situation s'aggrave, et je ne trouve plus la force - passé un moment - pour prendre les choses en main si je ne l'ai pas fait dans les premiers jours. Alors je laisse traîner, jusqu'au moment où la réalité me force à remettre les pieds sur Terre, la plupart du temps lorsque le problème est déjà advenu.
Je ne dis pas que je puisse être capable, un jour, de tuer un bébé après 9 mois de déni de grossesse. Je dis seulement que je sais que c'est possible, et que je sais de quel caractère cela vient. Le même caractère que le mien.
lundi 25 avril 2011
Taxi driver
Il y a 2 mois, souvenez-vous, je me réjouissais de l'aspect sauvage de la Chine. Je me rends compte aujourd'hui combien mon impression était faussée.
Aujourd'hui, je crois que j'apprends à lâcher prise pour tenir le coup ; j'espère juste ne pas perdre l'esprit.
On le sait, ici, tout est sauvage. Un peu barbare.
S'habiller comme dans les années 80, manger en faisant du bruit et des taches, travailler à demi-mot, hurler sur les gens. Vivre dans un environnement bourré de monde, bruyant, épuisant. Se disputer avec les vendeurs, crier pour obtenir un prix décent. Faire 30 minutes de taxi pour boire un café correct.
Mais l'aspect barbare de la Chine n'est pas anecdotique ; ça n'est pas là un jour ou deux, le temps de le remarquer. Pas seulement quand c'est jouissif (parce qu'on peut fumer dans les bars) ou rigolo (parce qu'un leggin léopart violet, c'est rigolo). La différence culturelle là, et au quotidien, elle fatigue. Tout est sauvage, même ce qui nous dérange profondément. Même quand on n'a plus envie.
Au bout de deux mois à être choquée de tout - après avoir cessé de m'en amuser, j'ai deux choix devant moi : garder intactes mes convictions parisiennes et Damiennes, et devenir folle ; ou bien faire une croix sur un certain nombre de principes auxquels je suis foncièrement attachée, et survivre.
Il y a deux jours, dans un taxi, Ivan s'est mis à hurler sur le chauffeur de taxi, parce qu'il gromelait en chinois que c'était compliqué, que l'endroit où on allait était pas pratique, etc.
Dans mon esprit, personne ne devrait jamais hurler sur un taxi driver. De la même manière que quelque soit la raison, on ne met pas un poing dans la tête de quelqu'un.
Après deux jours de réflexion, je suis toujours choquée, mais je commence à penser que TIC, This Is China. C'est comme ça que ça fonctionne ici. S'il faut hurler, hurlons. S'il faut taper, tapons. S'il faut être sauvage, soyons.
Il faut bien survivre.
Mais comment ferai-je quand je rentrerai chez moi ? Est-ce que je hurlerai, taperai, serai sauvage ? Je ne sais déjà plus manger avec des couverts. Si Pékin commence à transformer jusqu'aux plus profonds principes de ce que je suis, qui serai-je quand je reviendrai ?
Aujourd'hui, je crois que j'apprends à lâcher prise pour tenir le coup ; j'espère juste ne pas perdre l'esprit.
On le sait, ici, tout est sauvage. Un peu barbare.
S'habiller comme dans les années 80, manger en faisant du bruit et des taches, travailler à demi-mot, hurler sur les gens. Vivre dans un environnement bourré de monde, bruyant, épuisant. Se disputer avec les vendeurs, crier pour obtenir un prix décent. Faire 30 minutes de taxi pour boire un café correct.
Mais l'aspect barbare de la Chine n'est pas anecdotique ; ça n'est pas là un jour ou deux, le temps de le remarquer. Pas seulement quand c'est jouissif (parce qu'on peut fumer dans les bars) ou rigolo (parce qu'un leggin léopart violet, c'est rigolo). La différence culturelle là, et au quotidien, elle fatigue. Tout est sauvage, même ce qui nous dérange profondément. Même quand on n'a plus envie.
Au bout de deux mois à être choquée de tout - après avoir cessé de m'en amuser, j'ai deux choix devant moi : garder intactes mes convictions parisiennes et Damiennes, et devenir folle ; ou bien faire une croix sur un certain nombre de principes auxquels je suis foncièrement attachée, et survivre.
Il y a deux jours, dans un taxi, Ivan s'est mis à hurler sur le chauffeur de taxi, parce qu'il gromelait en chinois que c'était compliqué, que l'endroit où on allait était pas pratique, etc.
Dans mon esprit, personne ne devrait jamais hurler sur un taxi driver. De la même manière que quelque soit la raison, on ne met pas un poing dans la tête de quelqu'un.
Après deux jours de réflexion, je suis toujours choquée, mais je commence à penser que TIC, This Is China. C'est comme ça que ça fonctionne ici. S'il faut hurler, hurlons. S'il faut taper, tapons. S'il faut être sauvage, soyons.
Il faut bien survivre.
Mais comment ferai-je quand je rentrerai chez moi ? Est-ce que je hurlerai, taperai, serai sauvage ? Je ne sais déjà plus manger avec des couverts. Si Pékin commence à transformer jusqu'aux plus profonds principes de ce que je suis, qui serai-je quand je reviendrai ?
vendredi 22 avril 2011
Le tricot
Quand j'avais 7 ans, je me suis cassé la jambe, dans un accident de ski. C'était une fracture assez importante, qui a demandé plusieurs opérations. J'ai passé quelque temps à l'hôpital, alitée. C'est à cette occasion que j'ai appris le tricot.
Je n'y arrivais pas du tout.
J'étais encore plus maladroite à l'époque, et le tricot demande une très fine maitrise des mouvements. Glisser le fil au bon moment, tenir fermement les aiguilles, observer une régularité à toute épreuve dans la taille des boucles. Et avoir la patience de tisser des centaines, des centaines de mailles.
Bien sûr, assise dans son lit d'hôpital, la jeune Dam s'énerve, grommelle, tire sur le fil, fait tomber ses aiguilles (comment les ramasser quand on ne peut pas se lever ?), s'emmêle les coudes dans la pelote, jure encore, finit par tout jeter pas terre, et détricote depuis son lit les quelques rangs irréguliers de laine tombés par terre - son travail des dernières trois heures.
Je pense soudainement à ça, parce qu'il y a une heure, au moment d'allumer une cigarette, je me suis assise à côté de l'ayi du bureau, la femme de ménage.
Une petite bonne femme, ridée comme ma grand-mère, qui, quand elle n'arrose pas les plantes, tricote des chaussettes dans le petit sofa.
Le temps de ma cigarette, je l'ai regardé faire : une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un sourire à Dam, un coup d'œil à la montre, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un coup d'aiguille dans la pelote, on regarde si c'est assez pour la longueur d'un pied.
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers, et on recommence, doucement, régulièrement, sans se lasser, sans s'énerver.
Je lui ai rendu ses sourires, c'était un moment anodin.
C'était une jolie madeleine de Proust, pour moi, pour mes souvenirs d'enfance. Et j'ai eu la conviction que si j'essayais de nouveau de tricoter, je n'y arriverais toujours pas. Mais que maintenant, ça ne serait pas grave.
Je n'y arrivais pas du tout.
J'étais encore plus maladroite à l'époque, et le tricot demande une très fine maitrise des mouvements. Glisser le fil au bon moment, tenir fermement les aiguilles, observer une régularité à toute épreuve dans la taille des boucles. Et avoir la patience de tisser des centaines, des centaines de mailles.
Bien sûr, assise dans son lit d'hôpital, la jeune Dam s'énerve, grommelle, tire sur le fil, fait tomber ses aiguilles (comment les ramasser quand on ne peut pas se lever ?), s'emmêle les coudes dans la pelote, jure encore, finit par tout jeter pas terre, et détricote depuis son lit les quelques rangs irréguliers de laine tombés par terre - son travail des dernières trois heures.
Je pense soudainement à ça, parce qu'il y a une heure, au moment d'allumer une cigarette, je me suis assise à côté de l'ayi du bureau, la femme de ménage.
Une petite bonne femme, ridée comme ma grand-mère, qui, quand elle n'arrose pas les plantes, tricote des chaussettes dans le petit sofa.
Le temps de ma cigarette, je l'ai regardé faire : une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un sourire à Dam, un coup d'œil à la montre, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un coup d'aiguille dans la pelote, on regarde si c'est assez pour la longueur d'un pied.
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers, et on recommence, doucement, régulièrement, sans se lasser, sans s'énerver.
Je lui ai rendu ses sourires, c'était un moment anodin.
C'était une jolie madeleine de Proust, pour moi, pour mes souvenirs d'enfance. Et j'ai eu la conviction que si j'essayais de nouveau de tricoter, je n'y arriverais toujours pas. Mais que maintenant, ça ne serait pas grave.
samedi 19 mars 2011
Mrs Nobody
Pourquoi, depuis 10 jours, je suis une potiche.
Je ne vous raconterai pas quand j'essaye de communiquer en chinois avec des Chinois, vous vous doutez que c'est un échec. Je vous parlerai d'abord de mon échec de l'anglais.
Je pense immanquablement en français. Parler une autre langue - je ne parle pas d'autre langue que l'anglais - retient de manière drastique ma pensée, et la confine à mon vocabulaire sans relief. Comment avoir de l'esprit, lorsque ce que l'on cherche à exprimer ne rentre pas dans le cadre des mots que l'on connait ? L'anglais que j'utilise est courant, pratique, mais sans modulations, sans tonalités. Sans nuances.
Or, en passant la majorité de mon temps à parler anglais, mon esprit cherche à gagner du temps, et à exprimer ses pensées directement en anglais - pour ne pas avoir à les traduire au moment de parler.
Bien sûr, ça ressemble à une intention louable. Mais cela m'empêche de penser tout ce que j'aimerais penser - faute de mots.
Voilà comment, à l'usage, au lieu d'avoir un problème de vocabulaire, j'ai un problème d'esprit. Au lieu de passer pour quelqu'un qui ne parle pas bien anglais, je passe pour une gourde.
Et puis, il y a autre chose, qui n'est pas facile à exprimer de manière juste. C'est quelque chose que je précise parce que la situation a vraiment pris des proportions étonnantes.
Je plais aux Chinois. Beaucoup. Mon visage pâle et ma petite taille doivent me faire rentrer, ici, dans la catégorie des bombes sexuelles. Tous les jours, on m'arrête dans la rue pour me dire que je suis très belle, que je suis la femme de leur vie. J'ai même vu un mec me suivre jusque devant ma porte, et trembler d'émotion en me suppliant de discuter avec lui 5 minutes. Et ça marche aussi avec les Chinoises - qui sont plus polies, heureusement. Très étonnant...
Donc, compilons mon nouveau statut d'icone des jeunes avec le fait que je n'exprime en anglais que des banalités d'un enfant de 10 ans dès que je prends la parole. En fait, depuis que je suis arrivée en Chine, je suis devenue une jolie potiche. Une putain de jolie potiche.
Plus que 5 mois à tenir.
Je ne vous raconterai pas quand j'essaye de communiquer en chinois avec des Chinois, vous vous doutez que c'est un échec. Je vous parlerai d'abord de mon échec de l'anglais.
Je pense immanquablement en français. Parler une autre langue - je ne parle pas d'autre langue que l'anglais - retient de manière drastique ma pensée, et la confine à mon vocabulaire sans relief. Comment avoir de l'esprit, lorsque ce que l'on cherche à exprimer ne rentre pas dans le cadre des mots que l'on connait ? L'anglais que j'utilise est courant, pratique, mais sans modulations, sans tonalités. Sans nuances.
Or, en passant la majorité de mon temps à parler anglais, mon esprit cherche à gagner du temps, et à exprimer ses pensées directement en anglais - pour ne pas avoir à les traduire au moment de parler.
Bien sûr, ça ressemble à une intention louable. Mais cela m'empêche de penser tout ce que j'aimerais penser - faute de mots.
Voilà comment, à l'usage, au lieu d'avoir un problème de vocabulaire, j'ai un problème d'esprit. Au lieu de passer pour quelqu'un qui ne parle pas bien anglais, je passe pour une gourde.
Et puis, il y a autre chose, qui n'est pas facile à exprimer de manière juste. C'est quelque chose que je précise parce que la situation a vraiment pris des proportions étonnantes.
Je plais aux Chinois. Beaucoup. Mon visage pâle et ma petite taille doivent me faire rentrer, ici, dans la catégorie des bombes sexuelles. Tous les jours, on m'arrête dans la rue pour me dire que je suis très belle, que je suis la femme de leur vie. J'ai même vu un mec me suivre jusque devant ma porte, et trembler d'émotion en me suppliant de discuter avec lui 5 minutes. Et ça marche aussi avec les Chinoises - qui sont plus polies, heureusement. Très étonnant...
Donc, compilons mon nouveau statut d'icone des jeunes avec le fait que je n'exprime en anglais que des banalités d'un enfant de 10 ans dès que je prends la parole. En fait, depuis que je suis arrivée en Chine, je suis devenue une jolie potiche. Une putain de jolie potiche.
Plus que 5 mois à tenir.
mardi 15 mars 2011
La vie est injuste
Je suppose que ça vous est déjà arrivé, comme moi, de vous regarder un jour dans la glace, et de remarquer que vous aviez grossi. Ca arrive, de ne pas faire attention pendant quelques temps, et de prendre 3 kilos, comme ça, pour rien. C'est la tendance normale du corps, semble-t-il. Il faut juste faire hyper attention après, pour les perdre : arrêter l'alcool et le saucisson, les glaces et le coca, pendant un mois. Toujours garder un oeil sur son poids ; la base.
Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.
Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?
La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.
Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.
Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?
La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.
mercredi 9 mars 2011
La Chine, un pays de sales gosses
Je vais fêter ma première semaine à Pékin, et mon impression générale est... jouissive.
Pékin est définivitement un lieu pour les sales gosses. On y apprend à refouler tous les conseils qu'on a reçu entre 5 et 7 ans :
- Traverse au passage piéton, seulement quand le petit bonhomme est vert.
Non, clairement, non ! Se fier au bonhomme vert est un danger de mort : les voitures roulent systématiquement, feu vert ou rouge, passage piéton ou pas ; et le piéton est seulement autorisé à passer entre deux voitures qui roulent à fond. Il faut y aller au culot pour les faire ralentir, passer quand même, et se sentir tout puissant.
- Mange proprement, sans faire de bruit, tiens-toi droit.
Non, encore moins ! De toute façon, ça n'est pas possible. Le Chinois mange penché sur son bol, en suçant goûlument les nouilles, aspire la soupe avec un bruit de chasse d'eau, les coudes sur la table, en parlant et en riant tout à la fois. Certains trouveraient certainement ça dégueu ; pour moi, c'est un bonheur.
- Habille-toi avec goût.
Ah ah... non. J'aime beaucoup l'élégance française, mais l'excentricité et le kitch chinois ont une saveur particulière de liberté. Tu as toujours secrètement rêvé de porter un leggin léopard et une doudoune violette, ou encore de longs ongles dorés avec des paillettes ? Ici, c'est possible ! Ici, tout est possible ! Et au pire, si je fais n'importe quoi, on mettra ça sur le compte de mon "européanisme". C'est parfait.
Ajoutez à ça : pouvoir fumer dans les hôtels, restaus, bureaux, pouvoir cracher par terre, pouvoir se pinter la tête à 18h... la Chine est définitivement un pays de sales gosses, et c'est jouissif.
Pékin est définivitement un lieu pour les sales gosses. On y apprend à refouler tous les conseils qu'on a reçu entre 5 et 7 ans :
- Traverse au passage piéton, seulement quand le petit bonhomme est vert.
Non, clairement, non ! Se fier au bonhomme vert est un danger de mort : les voitures roulent systématiquement, feu vert ou rouge, passage piéton ou pas ; et le piéton est seulement autorisé à passer entre deux voitures qui roulent à fond. Il faut y aller au culot pour les faire ralentir, passer quand même, et se sentir tout puissant.
- Mange proprement, sans faire de bruit, tiens-toi droit.
Non, encore moins ! De toute façon, ça n'est pas possible. Le Chinois mange penché sur son bol, en suçant goûlument les nouilles, aspire la soupe avec un bruit de chasse d'eau, les coudes sur la table, en parlant et en riant tout à la fois. Certains trouveraient certainement ça dégueu ; pour moi, c'est un bonheur.
- Habille-toi avec goût.
Ah ah... non. J'aime beaucoup l'élégance française, mais l'excentricité et le kitch chinois ont une saveur particulière de liberté. Tu as toujours secrètement rêvé de porter un leggin léopard et une doudoune violette, ou encore de longs ongles dorés avec des paillettes ? Ici, c'est possible ! Ici, tout est possible ! Et au pire, si je fais n'importe quoi, on mettra ça sur le compte de mon "européanisme". C'est parfait.
Ajoutez à ça : pouvoir fumer dans les hôtels, restaus, bureaux, pouvoir cracher par terre, pouvoir se pinter la tête à 18h... la Chine est définitivement un pays de sales gosses, et c'est jouissif.
jeudi 24 février 2011
Les dessous de Microclimats
C'était l'hiver, et ma choppe de l'époque m'avait invitée au restaurant chinois. Nous remontions en voiture, le copain, Scarlett et moi-même, du restaurant vers un campus bien connu de nos services. Scarlett était venue nous chercher en voiture, car ce chemin est très désagréable à faire autrement qu'en voiture, surtout l'hiver. Et c'était l'hiver.
Sur ce campus, donc, il fait bien froid. Mais nous étions plusieurs - des demoiselles - à savoir nous amuser. Rencontrer des gens, boire des coups, danser, se déguiser, monter sur les bars, ambiancer, mettre sa langue dans d'autres bouches, coucher, sans vergogne, parfois, souvent. Tripper, quoi.
On disait de nous beaucoup de bien, et/ou beaucoup de mal.
Mais,
Dans la voiture, il y avait une musique absurde qui nous avait fait chanter, bouger, tripper. On avait bien ambiancé la voiture. Et au moment de sortir, on avait bien oublié que c'était l'hiver sur le campus ; et quelqu'un a dit qu'il faudrait ambiancer le campus comme on avait ambiancé la voiture, ...réchauffer le campus.
Le copain a déclaré : "Les filles, vous êtes les microclimats du Plateau de S*****, les filles qui réchauffent l'ambiance du campus par ce froid de gueux."
C'est resté, bien sûr, "les microclimats". Et le copain, je l'ai gardé aussi, dans le doute.
Mais depuis, il arrive, quand on boit des coups en l'honneur du chaud et du froid, des perles et de la tequila, des porte-jarretelles en dentelle, des manucures et du pole-dance, il arrive qu'on lève nos verres et qu'on crie "Microclimats", pour se rappeler < cliché > qu'on est ensemble .
Et ça me fait toujours sourire quand je grimpe dans la voiture de Scarlett.
vendredi 18 février 2011
Le coeur, le corps, l'âme et l'esprit
Je vais partir en Chine, à Pékin, très bientôt et pour longtemps.
Mon coeur résiste, ne veut pas abandonner sa vie en France, mon âme attend de voir cette toute nouvelle culture, mon esprit s'enorgueillit, à l'avance, d'être capable de partir.
Mais c'est bien mon corps qui crie le plus fort, de mes quatres vies.
Mon corps me demande, incessament, de ne pas partir. Une grippe, un rhume, des boutons de fièvre, des palpitations, des tremblements, des poussées allergiques effrayantes.... c'est beaucoup pour deux jours.
Est-ce que c'est un message sérieux ? Est-ce que c'est dans nos réactions physiques que se situe le siège de nos inconscient ? Amusant, n'est-ce pas, que ce soit par le corps - la moins expressive de nos vies, normalement - que s'expriment nos sentiments les moins faciles à discerner.
J'ai décidé de ne pas écouter mon corps ; et je soigne mes petites maladies en faisant contre mauvaise fortune bon coeur. Parce que j'ai la conviction que la force d'esprit, la résistance du coeur, la fierté de l'âme ne se reçoivent pas, mais se travaillent.
Mon coeur résiste, ne veut pas abandonner sa vie en France, mon âme attend de voir cette toute nouvelle culture, mon esprit s'enorgueillit, à l'avance, d'être capable de partir.
Mais c'est bien mon corps qui crie le plus fort, de mes quatres vies.
Mon corps me demande, incessament, de ne pas partir. Une grippe, un rhume, des boutons de fièvre, des palpitations, des tremblements, des poussées allergiques effrayantes.... c'est beaucoup pour deux jours.
Est-ce que c'est un message sérieux ? Est-ce que c'est dans nos réactions physiques que se situe le siège de nos inconscient ? Amusant, n'est-ce pas, que ce soit par le corps - la moins expressive de nos vies, normalement - que s'expriment nos sentiments les moins faciles à discerner.
J'ai décidé de ne pas écouter mon corps ; et je soigne mes petites maladies en faisant contre mauvaise fortune bon coeur. Parce que j'ai la conviction que la force d'esprit, la résistance du coeur, la fierté de l'âme ne se reçoivent pas, mais se travaillent.
mercredi 24 novembre 2010
Dignitas, dignitatis
Mon patron - qui me regarde me concentrer sur mon boulot en ce moment-même - a une vision de la vie que j'ai mis très longtemps à comprendre.
Il prône la retenue. La simplicité, l'humilité, la discrétion.
Autant me parler chinois.
La retenue, j'en avais déjà entendu parler.
On avait tenté de me convaincre que les jeunes filles pures sont la beauté du monde, que le piédestal de la femme c'est bien et qu'on ne doit pas dire Caca quand on a une chatoune. D'ailleurs, on ne dit pas chatoune non plus, pardon. Qu'il faut respecter son corps et son esprit, ne pas s'avilir en regardant du porno ou rire fort au théâtre pour se faire remarquer. Que les chemisiers transparents, c'est avilissant.
J'avais ri et j'avais continué de porter des chemisiers transparents.
J'ai toujours défendu que chacun pouvait faire exactement ce qu'il voulait - dans la mesure du respect et de la légalité (oui, je suis comme ça). Chemisiers transparents, alcool & coucheries, transformations physiques en tous genres et provoc. J'ai envie et je le fais, j'emmerde les gens, mon papa et ma maman, et je dis caca aux gens dans la rue. Parce que je suis libre.
Et puis, comme ce type - le patron - est loin d'être stupide, et il n'exprime aucune idée à laquelle il ait réfléchi moins de plusieurs années, je me suis quand même posé la question.
Je crois que j'ai compris ce qu'il voulait dire, et j'en ai déduis qu'il devait être vachement plus heureux que moi. [Et c'est là que ça va être compliqué à expliquer.]
Peut-être qu'on peut être plus libre en n'agissant pas toujours dans le sens de notre liberté.
Peut-être que la retenue est moins facile que l'exubérance, et qu'elle rend plus libre. Peut-être que c'est pas très malin, l'excès. Peut-être les chemisiers transparents, c'est bien pour s'affirmer à 15 ans, et qu'à 22 ans, il y a des moyens plus fins de s'affirmer.
La retenue.
< blague > Comme porter des chemisiers transparents à 500€ ?< / blague >
Il prône la retenue. La simplicité, l'humilité, la discrétion.
Autant me parler chinois.
La retenue, j'en avais déjà entendu parler.
On avait tenté de me convaincre que les jeunes filles pures sont la beauté du monde, que le piédestal de la femme c'est bien et qu'on ne doit pas dire Caca quand on a une chatoune. D'ailleurs, on ne dit pas chatoune non plus, pardon. Qu'il faut respecter son corps et son esprit, ne pas s'avilir en regardant du porno ou rire fort au théâtre pour se faire remarquer. Que les chemisiers transparents, c'est avilissant.
J'avais ri et j'avais continué de porter des chemisiers transparents.
J'ai toujours défendu que chacun pouvait faire exactement ce qu'il voulait - dans la mesure du respect et de la légalité (oui, je suis comme ça). Chemisiers transparents, alcool & coucheries, transformations physiques en tous genres et provoc. J'ai envie et je le fais, j'emmerde les gens, mon papa et ma maman, et je dis caca aux gens dans la rue. Parce que je suis libre.
Et puis, comme ce type - le patron - est loin d'être stupide, et il n'exprime aucune idée à laquelle il ait réfléchi moins de plusieurs années, je me suis quand même posé la question.
Je crois que j'ai compris ce qu'il voulait dire, et j'en ai déduis qu'il devait être vachement plus heureux que moi. [Et c'est là que ça va être compliqué à expliquer.]
Peut-être qu'on peut être plus libre en n'agissant pas toujours dans le sens de notre liberté.
Peut-être que la retenue est moins facile que l'exubérance, et qu'elle rend plus libre. Peut-être que c'est pas très malin, l'excès. Peut-être les chemisiers transparents, c'est bien pour s'affirmer à 15 ans, et qu'à 22 ans, il y a des moyens plus fins de s'affirmer.
La retenue.
vendredi 19 novembre 2010
Coming-in
Je crois que c'est vers 17 ans que j'ai commencé à aimer les femmes.
Je rêvais de faire l'amour avec une femme, des seins, une chatoune. Des cheveux longs, une peau douce.
Quand c'est arrivé, Dieu a vu que c'était bon, et qu'il fallait recommencer.
La peau douce et les seins, surtout.
C'est comme ça que je suis devenue bisexuelle.
*
En réalité, je n'ai jamais été bisexuelle - contrairement à ce que dit la phrase précédente.
Je ne suis jamais tombée amoureuse d'une femme ; et je n'ai jamais pu avoir une relation du type "sortir avec". J'étais une sorte de gros salaud, un Don Juan. Et ça, c'était cool ; même si j'essayais de ne pas faire de mal aux gens.
J'ai connu quelques femmes, certaines belles et d'autres non, certains butchy et d'autre fems. Je me suis glissée avec délectation dans la culture gay, avec leurs revendications et leurs attitudes. Je suis devenue plus gay-friendly que pas mal de lesbiennes et d'homos.
Et puis, c'est parti.
Aujourd'hui, je voudrais faire mon coming-in.
Je ne suis plus bisexuelle.
Je ne regarde plus les femmes comme les hommes dans la rue.
Je ne fantasme plus sur les gros seins.
Je n'ai plus envie d'une femme.
Je ne veux pas savoir si c'était une passade d'adolescente, si c'est parce que je suis réellement amoureuse d'un homme, ou quoique ce soit d'autre.
J'ai gardé la culture, j'ai gardé la faim de liberté et reconnaissance.
J'ai gardé les souvenirs.
Mais... Papa, Maman, je suis hétéro.
Je rêvais de faire l'amour avec une femme, des seins, une chatoune. Des cheveux longs, une peau douce.
Quand c'est arrivé, Dieu a vu que c'était bon, et qu'il fallait recommencer.
La peau douce et les seins, surtout.
C'est comme ça que je suis devenue bisexuelle.
*
En réalité, je n'ai jamais été bisexuelle - contrairement à ce que dit la phrase précédente.
Je ne suis jamais tombée amoureuse d'une femme ; et je n'ai jamais pu avoir une relation du type "sortir avec". J'étais une sorte de gros salaud, un Don Juan. Et ça, c'était cool ; même si j'essayais de ne pas faire de mal aux gens.
J'ai connu quelques femmes, certaines belles et d'autres non, certains butchy et d'autre fems. Je me suis glissée avec délectation dans la culture gay, avec leurs revendications et leurs attitudes. Je suis devenue plus gay-friendly que pas mal de lesbiennes et d'homos.
Et puis, c'est parti.
Aujourd'hui, je voudrais faire mon coming-in.
Je ne suis plus bisexuelle.
Je ne regarde plus les femmes comme les hommes dans la rue.
Je ne fantasme plus sur les gros seins.
Je n'ai plus envie d'une femme.
Je ne veux pas savoir si c'était une passade d'adolescente, si c'est parce que je suis réellement amoureuse d'un homme, ou quoique ce soit d'autre.
J'ai gardé la culture, j'ai gardé la faim de liberté et reconnaissance.
J'ai gardé les souvenirs.
Mais... Papa, Maman, je suis hétéro.
jeudi 23 septembre 2010
Bad girlz
Manger des fruits et des légumes.
Ne pas fumer.
Ne pas boire d'alcool.
Faire du sport.
Faire de bonnes études.
Se tenir bien droit.
Avoir peu de partenaires sexuels.
Et se protéger.
Se brosser les dents trois fois par jour.
Regarder avant de traverser...
Il est sans doute impossible de compter tous les conseils et obligations auxquels on est exposés. De compter tous ceux qu'on n'a pas suivis. De compter tous ceux qu'on suit au quotidien. C'est avant tout beaucoup de bon sens et d'instinct de survie, un peu d'éducation mise en forme.
Mais mon Dieu ! Quel plaisir irremplaçable ! Ce verre de vin et cette clope, dans le lit, jusque tard dans la nuit...
Ne pas fumer.
Ne pas boire d'alcool.
Faire du sport.
Faire de bonnes études.
Se tenir bien droit.
Avoir peu de partenaires sexuels.
Et se protéger.
Se brosser les dents trois fois par jour.
Regarder avant de traverser...
Il est sans doute impossible de compter tous les conseils et obligations auxquels on est exposés. De compter tous ceux qu'on n'a pas suivis. De compter tous ceux qu'on suit au quotidien. C'est avant tout beaucoup de bon sens et d'instinct de survie, un peu d'éducation mise en forme.
Mais mon Dieu ! Quel plaisir irremplaçable ! Ce verre de vin et cette clope, dans le lit, jusque tard dans la nuit...
lundi 13 septembre 2010
Chiant comme du Wagner
J'ai toujours adoré la littérature, surtout quand elle est chiante comme du Wagner.
Pour être à mon goût, elle est doit légèrement désuète et poudrée, de préférence incompréhensible ou dérangeante. Nécessairement ancienne, pour avoir franchi le temps et les méandres de l'oubli humain. Un roman qui passe les siècles et reste dans la mémoire renferme forcément un peu de génie.
D'où : n'ont de génie que les Classiques - élargissons à un siècle d'ancienneté, pour être sympa.
Le reste ne joue pas dans la même cour.
Et puis, deux claques, coups sur coup, m'ont forcée à revoir mon jugement. Dans les deux sens.
D'abord, L'Excuse, de Julie Wolkenstein (le pitch ici). Un extraordinaire jeu de rôle et de tarot, pour littéraires victoriens aguerris. Un chef d'œuvre, une de ces œuvres que je n'oublierai pas. Paru en 2008, accueilli chaleureusement par la critique, qui connait un certain succès en librairie. Puis oublié aussi vite que dévoré.
Puis, La carte et le Territoire, de... Michel Houellebecq. Il est inutile de s'étendre sur ce qu'a écrit Houellebecq avant ce livre ; ce roman est son meilleur. Ce roman est le meilleur que j'ai lu depuis longtemps (L'Excuse mis à part - voir ci-dessus). Ce roman mérite son succès, son battage médiatique, ses polémiques. L'intrigue est sinueuse et amère, l'écriture granuleuse et agréable comme jamais l'auteur n'avait su le faire auparavant. Un livre entré dans l'histoire avant même une semaine de parution.
Je continuerai à lire de la vieille littérature, et à l'aimer chiante comme du Wagner. Mais...
Pour être à mon goût, elle est doit légèrement désuète et poudrée, de préférence incompréhensible ou dérangeante. Nécessairement ancienne, pour avoir franchi le temps et les méandres de l'oubli humain. Un roman qui passe les siècles et reste dans la mémoire renferme forcément un peu de génie.
D'où : n'ont de génie que les Classiques - élargissons à un siècle d'ancienneté, pour être sympa.
Le reste ne joue pas dans la même cour.
Et puis, deux claques, coups sur coup, m'ont forcée à revoir mon jugement. Dans les deux sens.
D'abord, L'Excuse, de Julie Wolkenstein (le pitch ici). Un extraordinaire jeu de rôle et de tarot, pour littéraires victoriens aguerris. Un chef d'œuvre, une de ces œuvres que je n'oublierai pas. Paru en 2008, accueilli chaleureusement par la critique, qui connait un certain succès en librairie. Puis oublié aussi vite que dévoré.
Puis, La carte et le Territoire, de... Michel Houellebecq. Il est inutile de s'étendre sur ce qu'a écrit Houellebecq avant ce livre ; ce roman est son meilleur. Ce roman est le meilleur que j'ai lu depuis longtemps (L'Excuse mis à part - voir ci-dessus). Ce roman mérite son succès, son battage médiatique, ses polémiques. L'intrigue est sinueuse et amère, l'écriture granuleuse et agréable comme jamais l'auteur n'avait su le faire auparavant. Un livre entré dans l'histoire avant même une semaine de parution.
Je continuerai à lire de la vieille littérature, et à l'aimer chiante comme du Wagner. Mais...
vendredi 13 août 2010
Re-création
Quelqu'un me disait récemment : "J'aime quand les hommes sont bien masculins, les femmes bien féminines, j'aime quand les êtres répondent à leur nature."
Ô comme cette phrase me donne envie de hurler...
Avant tout, difficile d'expliquer l'horreur que m'inspire l'idée de la nature binaire et des gens rangés dans des boîtes. Ici les hommes, bien masculins ; et là, les femmes bien jolies et élégantes ? Plutôt mourir. Je n'aime rien tant que les êtres complexes, inclassables, et dérangeants. Et par-dessus tout, les êtres androgynes, avec ce supplément fabuleux de mystère sexuel.
Et puis, surtout, cette idée folle de répondre à sa nature. C'est résolument déprimant.
Je ne peux pas me passer de l'idée de pouvoir se construire. Je veux pouvoir me faire, telle que je me vois, telle que je me ressens, telle que je veux être. L'existence avant l'essence, comme disait l'autre ; moi, je crache sur ma nature.
Il y a quinze ans, j'étais peureuse, solitaire, complexée, inexistante. Mes seuls souvenirs du CP sont d'avoir marché seule autour du poteau pendant toute la récré, toute l'année, et qu'un jour, un grand du CE2 m'avait mis du poil à gratter dans le cou. Qui a réellement envie de répondre à cette nature-là?
J'ai craché. J'ai décidé d'être celle qui mettrait du poil à gratter dans le cou du monde entier. Etude. Vie sociale. Paillettes, chapeaux et pochettes.
Maitriser son physique est encore plus enivrant.
Rouge à lèvre. Talons hauts. Cheveux courts. Bouclés. Lisses. Blonds, roux, bruns. Extensions. Lentilles de couleurs. UV. Piercings. Tatouages. Chirurgie esthétique. Se transformer. Se construire. (Relisez le tatouage de Shaolin)
Pourquoi, nom d'une pipe, pourquoi s'en priver ?
Ô comme cette phrase me donne envie de hurler...
Avant tout, difficile d'expliquer l'horreur que m'inspire l'idée de la nature binaire et des gens rangés dans des boîtes. Ici les hommes, bien masculins ; et là, les femmes bien jolies et élégantes ? Plutôt mourir. Je n'aime rien tant que les êtres complexes, inclassables, et dérangeants. Et par-dessus tout, les êtres androgynes, avec ce supplément fabuleux de mystère sexuel.
Et puis, surtout, cette idée folle de répondre à sa nature. C'est résolument déprimant.
Je ne peux pas me passer de l'idée de pouvoir se construire. Je veux pouvoir me faire, telle que je me vois, telle que je me ressens, telle que je veux être. L'existence avant l'essence, comme disait l'autre ; moi, je crache sur ma nature.
Il y a quinze ans, j'étais peureuse, solitaire, complexée, inexistante. Mes seuls souvenirs du CP sont d'avoir marché seule autour du poteau pendant toute la récré, toute l'année, et qu'un jour, un grand du CE2 m'avait mis du poil à gratter dans le cou. Qui a réellement envie de répondre à cette nature-là?
J'ai craché. J'ai décidé d'être celle qui mettrait du poil à gratter dans le cou du monde entier. Etude. Vie sociale. Paillettes, chapeaux et pochettes.
Maitriser son physique est encore plus enivrant.
Rouge à lèvre. Talons hauts. Cheveux courts. Bouclés. Lisses. Blonds, roux, bruns. Extensions. Lentilles de couleurs. UV. Piercings. Tatouages. Chirurgie esthétique. Se transformer. Se construire. (Relisez le tatouage de Shaolin)
Pourquoi, nom d'une pipe, pourquoi s'en priver ?
Ecrire ou avoir écrit
Je suis entourée aujourd’hui d’êtres qui écrivent. Qui inventent, qui rédigent, tous les jours, à tour de bras et à ronds de pieds, des pages et des pages. Parfois même, ils en font leur métier. Il y a quelque chose là-dedans qui me fascine. Si j’écris moi-même, souvent, je ne suis assurément pas de cette trempe-là. Je n’ai presque jamais envie d’écrire.
Ce n’est pas pour ça que je n’écris pas, non, je l’ai dit. C’est plus subtil. C’est plus ennuyeux : j’ai toujours envie d’avoir écrit. D’avoir déjà fini.
C’est à croire que je ne suis faite que pour relire, corriger, pas pour créer à partir de rien. J’ai l’âme d’avantage disposée à recevoir les hommages ou les déceptions, que l’envie réelle d’écrire.
Je suis d’ailleurs déjà soulagée d’avoir fini. J’avais l’envie d’avoir écrit.
mardi 27 juillet 2010
Filtration
C’est une discussion qu’on a souvent eue, entre filles.
Et avec des garçons aussi, parfois – ça n’en est que plus instructif. C’est une discussion qui met mal à l’aise, souvent, et certains restent silencieux.
Cette discussion a toujours pour but de savoir si le sexe est un bon filtre à rencontres.
[Warning : ne tentez pas de reproduire cette conversation chez vous sans l’aide de plusieurs pintes de Carlsberg et paquets de Camel 100’s.]
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