Au chapitre des expériences inédites parmi notre bunch de filles : le tatouage.
Ça fait bien depuis mes 18 ans que j'y pense et que je m'autorestreins, en songeant à ce que donnera le motif une fois la peau vieillie par l'âge, le soleil, les grossesses et autres joies de la vie passés 40 ans. Et puis crac, il y a quelques mois, ayant pris conscience de notre finitude et du caractère accessoire - et donc customisable - de notre enveloppe corporelle, j'ai pris rendez-vous pour le grand saut.
Nous tairons motif et localisation pour plus de confidentialité. Imaginez juste une surface d'environ 30 x 10 cm, sur une partie du corps assez sensible.
D'abord le tatoueur met en confiance, on rit, on prend un ultime verre d'eau. Puis, pour se mettre dans le bain, on enlève tous ses vêtements (et là, on retrouve l'agréable sentiment de sécurité connu lors de la première visite chez le gynéco). On parle motif. Je décris ce que je veux, en évoquant une possible tolérance de 20% par rapport à mon idée de départ.
Il dessine, au feutre. Rien à voir avec ma demande : le motif reste assez similaire, mais il a changé d'emplacement et surtout de dimensions : deux fois plus large que ce que j'imaginais ! J'en viens à me dire que les tatoueurs sont comme les coiffeurs : ils te travaillent toujours plus que ce que tu as demandé initialement. Mais c'est beau. C'est nettement plus beau que mon idée de départ… Alors go.
Le tatoueur va farfouiller dans son armoire. Ayant perçu la crainte au fond de mes yeux, il prend une aiguille pas trop large (seulement onze aiguillons qui vrillent dedans...) et prépare le matériel. Pendant ce temps - toujours nue comme un ver - je repense à tous les "tu verras, ça ne fait pas si mal" que j'ai reçus pour m'encourager, et auxquels j'ai fini par croire.
Le premier contact leur donne raison. Effectivement, ce n'est pas une douleur aiguë, quelque chose de pénétrant. C'est plutôt une version un peu plus douloureuse de chatouille. On ne sent pas précisément une aiguille, juste un outil qui gratte, ça pique un peu, mais rien d'horrible sauf par endroits. Et puis, ça ne saigne pas - pas encore…
Première pause au bout d'une demi-heure. Je regarde : à mon grand désespoir, ça n'était que le brouillon. Des traits tout fins, ils ne se verraient même pas s'il n'y avait pas les gonflements de la peau incisée en dessous.
L'heure suivante est tout autre : là, on attaque le motif, avec ses traits de 1 à 4 mm de large. L'horreur sur terre. Déjà, l'aiguille s'enfonce beaucoup plus profondément sous la peau, et puis on la sent y rester, s'y déplacer, fraiser la peau comme la roulette d'un dentiste. Je contracte successivement cuisses, fesses, abdos, selon l'endroit en train de se faire usiner. On change d'ailleurs dix fois de position (dont une très weird, cuisses écartées autour de son torse), mais rien n'y fait.
Seconde pause, j'ai mal aux bras à force de me cramponner au siège. Il sort, je regarde : la zone est rouge, mais assez propre puisqu'il vient de la nettoyer. Et au bout d'une minute, des gouttelettes perlent le long des traits : rouge… puis noir. Mon sang se mêle à l'encre, un peu partout des petits lacs se forment. C'est abject et fascinant à la fois.
Dernière ligne droite : la même en pire, puisqu'il s'agit de repasser sur des zones déjà tatouées, donc de rouvrir des plaies. Je ne regarde plus rien à part la pendule, sur certains endroits, j'ai tellement mal que je tremble. Il a dû entendre mes gémissements intérieurs parce que ça ne dure qu'une demi-heure, à l'issue de laquelle je ressors en boitillant vers le métro, emballée dans du plastique comme une victime de Dexter.
Et si douloureux soit-il, le tatouage (encore plus que les piercings), c'est pire que la cocaïne : première prise et on veut déjà recommencer.
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