Il y avait un film - l'homme de ma vie m'en parle régulièrement, mais j'oublie le nom régulièrement - où le héros range les périodes de sa vie suivant la musique qu'il écoutait à l'époque.
J'ai entamé mon 5ème mois de Chine, et voilà les musiques qui pour toujours, seront associées à Pékin dans mon esprit :
Britney Spears, Femme Fatale ; Far East Mouvement, Like a G6.
C'est l'hiver à Pékin, il fait un froid insoutenable. Le manteau que j'ai apporté de France ne suffit pas à couper le vent. Il fait nuit tôt, et je rencontre mes premiers amis étrangers dans des bars, en buvant mes premières Tsing Tao. Femme Fatale est un album sale, la musique est nasty. C'est sans aucun doute une musique qui dit : Fais la fête pour survivre. Like a G6 passe en boucle dans les clubs bondés. Shots de tequilas avec mes collocs chinoises.
Alex Beaupain, Les Chansons d'Amour ; André Manouquian, So in Love.
Il fait toujours froid, mais je m'habitue à la ville, à ses habitants. Je n'arrive pas à gérer la distance, je garde peu de contacts avec Paris. La France me manque. Je teste mon premier vin chinois, j'achète des Vaches qui rit comme ersatz de fromage. J'écoute Les Chansons d'Amour en boucle, et je regarde le film quatre fois d'affilée. Forcément, je pleure. Les français quittent Pékin les uns après les autres. Le printemps se dessine.
Amy Whinehouse, Frank ; Emilie Simon, Dame de Lotus ; Les BB Brunes, sélection.
Un très court printemps, deux semaines, trois peut-être. Le soleil est doux et l'on va à la plage, on fait des barbecue. J'essaye de faire écouter un peu de musique française aux étrangers, ils tombent amoureux d'Emilie Simon. Je prépare l'arrivée du boyfriend, je commence seulement à apprendre quelques mots de chinois. Yuo guai, zuo guai. Les BB Brunes me rappellent le lycée.
Oh La La, Oh La La ; Les Brigitte, Et vous tu m'aimes ?.
Le boyfriend est arrivé et a apporté avec lui deux albums français. Je les écoute en marchant jusqu'au bureau. La chaleur est étouffante. Je suis en paix avec Pékin, Paris, mes amis. La reprise de Ma Bentz par les Brigitte est trop sexuelle pour cette chaleur ; mais Oh La La me rappelle combien j'aime Paris. Oh La La incarne Paris, une soirée dans un bar, un verre de bon vin. Nous mangeons beaucoup de tofu épicé, et la Tiger coule à flot. Je sens venir la fin.
Britney Spears, Femme Fatale.
Le prochain stagiaire arrive demain, et je pars dans 33 jours. Je retourne à mes premières amours. Etrangement, Femme Fatale est moins nasty, écouté en été. Till the world ends sent toujours la sueur des clubs, mais les soirées sont plus joyeuses, presque nostalgiques. Comme si Britney s'était débarrassée de ses démons. Danser pour vivre, et non plus pour survivre.
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mardi 12 juillet 2011
lundi 25 avril 2011
Taxi driver
Il y a 2 mois, souvenez-vous, je me réjouissais de l'aspect sauvage de la Chine. Je me rends compte aujourd'hui combien mon impression était faussée.
Aujourd'hui, je crois que j'apprends à lâcher prise pour tenir le coup ; j'espère juste ne pas perdre l'esprit.
On le sait, ici, tout est sauvage. Un peu barbare.
S'habiller comme dans les années 80, manger en faisant du bruit et des taches, travailler à demi-mot, hurler sur les gens. Vivre dans un environnement bourré de monde, bruyant, épuisant. Se disputer avec les vendeurs, crier pour obtenir un prix décent. Faire 30 minutes de taxi pour boire un café correct.
Mais l'aspect barbare de la Chine n'est pas anecdotique ; ça n'est pas là un jour ou deux, le temps de le remarquer. Pas seulement quand c'est jouissif (parce qu'on peut fumer dans les bars) ou rigolo (parce qu'un leggin léopart violet, c'est rigolo). La différence culturelle là, et au quotidien, elle fatigue. Tout est sauvage, même ce qui nous dérange profondément. Même quand on n'a plus envie.
Au bout de deux mois à être choquée de tout - après avoir cessé de m'en amuser, j'ai deux choix devant moi : garder intactes mes convictions parisiennes et Damiennes, et devenir folle ; ou bien faire une croix sur un certain nombre de principes auxquels je suis foncièrement attachée, et survivre.
Il y a deux jours, dans un taxi, Ivan s'est mis à hurler sur le chauffeur de taxi, parce qu'il gromelait en chinois que c'était compliqué, que l'endroit où on allait était pas pratique, etc.
Dans mon esprit, personne ne devrait jamais hurler sur un taxi driver. De la même manière que quelque soit la raison, on ne met pas un poing dans la tête de quelqu'un.
Après deux jours de réflexion, je suis toujours choquée, mais je commence à penser que TIC, This Is China. C'est comme ça que ça fonctionne ici. S'il faut hurler, hurlons. S'il faut taper, tapons. S'il faut être sauvage, soyons.
Il faut bien survivre.
Mais comment ferai-je quand je rentrerai chez moi ? Est-ce que je hurlerai, taperai, serai sauvage ? Je ne sais déjà plus manger avec des couverts. Si Pékin commence à transformer jusqu'aux plus profonds principes de ce que je suis, qui serai-je quand je reviendrai ?
Aujourd'hui, je crois que j'apprends à lâcher prise pour tenir le coup ; j'espère juste ne pas perdre l'esprit.
On le sait, ici, tout est sauvage. Un peu barbare.
S'habiller comme dans les années 80, manger en faisant du bruit et des taches, travailler à demi-mot, hurler sur les gens. Vivre dans un environnement bourré de monde, bruyant, épuisant. Se disputer avec les vendeurs, crier pour obtenir un prix décent. Faire 30 minutes de taxi pour boire un café correct.
Mais l'aspect barbare de la Chine n'est pas anecdotique ; ça n'est pas là un jour ou deux, le temps de le remarquer. Pas seulement quand c'est jouissif (parce qu'on peut fumer dans les bars) ou rigolo (parce qu'un leggin léopart violet, c'est rigolo). La différence culturelle là, et au quotidien, elle fatigue. Tout est sauvage, même ce qui nous dérange profondément. Même quand on n'a plus envie.
Au bout de deux mois à être choquée de tout - après avoir cessé de m'en amuser, j'ai deux choix devant moi : garder intactes mes convictions parisiennes et Damiennes, et devenir folle ; ou bien faire une croix sur un certain nombre de principes auxquels je suis foncièrement attachée, et survivre.
Il y a deux jours, dans un taxi, Ivan s'est mis à hurler sur le chauffeur de taxi, parce qu'il gromelait en chinois que c'était compliqué, que l'endroit où on allait était pas pratique, etc.
Dans mon esprit, personne ne devrait jamais hurler sur un taxi driver. De la même manière que quelque soit la raison, on ne met pas un poing dans la tête de quelqu'un.
Après deux jours de réflexion, je suis toujours choquée, mais je commence à penser que TIC, This Is China. C'est comme ça que ça fonctionne ici. S'il faut hurler, hurlons. S'il faut taper, tapons. S'il faut être sauvage, soyons.
Il faut bien survivre.
Mais comment ferai-je quand je rentrerai chez moi ? Est-ce que je hurlerai, taperai, serai sauvage ? Je ne sais déjà plus manger avec des couverts. Si Pékin commence à transformer jusqu'aux plus profonds principes de ce que je suis, qui serai-je quand je reviendrai ?
samedi 19 mars 2011
Mrs Nobody
Pourquoi, depuis 10 jours, je suis une potiche.
Je ne vous raconterai pas quand j'essaye de communiquer en chinois avec des Chinois, vous vous doutez que c'est un échec. Je vous parlerai d'abord de mon échec de l'anglais.
Je pense immanquablement en français. Parler une autre langue - je ne parle pas d'autre langue que l'anglais - retient de manière drastique ma pensée, et la confine à mon vocabulaire sans relief. Comment avoir de l'esprit, lorsque ce que l'on cherche à exprimer ne rentre pas dans le cadre des mots que l'on connait ? L'anglais que j'utilise est courant, pratique, mais sans modulations, sans tonalités. Sans nuances.
Or, en passant la majorité de mon temps à parler anglais, mon esprit cherche à gagner du temps, et à exprimer ses pensées directement en anglais - pour ne pas avoir à les traduire au moment de parler.
Bien sûr, ça ressemble à une intention louable. Mais cela m'empêche de penser tout ce que j'aimerais penser - faute de mots.
Voilà comment, à l'usage, au lieu d'avoir un problème de vocabulaire, j'ai un problème d'esprit. Au lieu de passer pour quelqu'un qui ne parle pas bien anglais, je passe pour une gourde.
Et puis, il y a autre chose, qui n'est pas facile à exprimer de manière juste. C'est quelque chose que je précise parce que la situation a vraiment pris des proportions étonnantes.
Je plais aux Chinois. Beaucoup. Mon visage pâle et ma petite taille doivent me faire rentrer, ici, dans la catégorie des bombes sexuelles. Tous les jours, on m'arrête dans la rue pour me dire que je suis très belle, que je suis la femme de leur vie. J'ai même vu un mec me suivre jusque devant ma porte, et trembler d'émotion en me suppliant de discuter avec lui 5 minutes. Et ça marche aussi avec les Chinoises - qui sont plus polies, heureusement. Très étonnant...
Donc, compilons mon nouveau statut d'icone des jeunes avec le fait que je n'exprime en anglais que des banalités d'un enfant de 10 ans dès que je prends la parole. En fait, depuis que je suis arrivée en Chine, je suis devenue une jolie potiche. Une putain de jolie potiche.
Plus que 5 mois à tenir.
Je ne vous raconterai pas quand j'essaye de communiquer en chinois avec des Chinois, vous vous doutez que c'est un échec. Je vous parlerai d'abord de mon échec de l'anglais.
Je pense immanquablement en français. Parler une autre langue - je ne parle pas d'autre langue que l'anglais - retient de manière drastique ma pensée, et la confine à mon vocabulaire sans relief. Comment avoir de l'esprit, lorsque ce que l'on cherche à exprimer ne rentre pas dans le cadre des mots que l'on connait ? L'anglais que j'utilise est courant, pratique, mais sans modulations, sans tonalités. Sans nuances.
Or, en passant la majorité de mon temps à parler anglais, mon esprit cherche à gagner du temps, et à exprimer ses pensées directement en anglais - pour ne pas avoir à les traduire au moment de parler.
Bien sûr, ça ressemble à une intention louable. Mais cela m'empêche de penser tout ce que j'aimerais penser - faute de mots.
Voilà comment, à l'usage, au lieu d'avoir un problème de vocabulaire, j'ai un problème d'esprit. Au lieu de passer pour quelqu'un qui ne parle pas bien anglais, je passe pour une gourde.
Et puis, il y a autre chose, qui n'est pas facile à exprimer de manière juste. C'est quelque chose que je précise parce que la situation a vraiment pris des proportions étonnantes.
Je plais aux Chinois. Beaucoup. Mon visage pâle et ma petite taille doivent me faire rentrer, ici, dans la catégorie des bombes sexuelles. Tous les jours, on m'arrête dans la rue pour me dire que je suis très belle, que je suis la femme de leur vie. J'ai même vu un mec me suivre jusque devant ma porte, et trembler d'émotion en me suppliant de discuter avec lui 5 minutes. Et ça marche aussi avec les Chinoises - qui sont plus polies, heureusement. Très étonnant...
Donc, compilons mon nouveau statut d'icone des jeunes avec le fait que je n'exprime en anglais que des banalités d'un enfant de 10 ans dès que je prends la parole. En fait, depuis que je suis arrivée en Chine, je suis devenue une jolie potiche. Une putain de jolie potiche.
Plus que 5 mois à tenir.
mardi 15 mars 2011
La vie est injuste
Je suppose que ça vous est déjà arrivé, comme moi, de vous regarder un jour dans la glace, et de remarquer que vous aviez grossi. Ca arrive, de ne pas faire attention pendant quelques temps, et de prendre 3 kilos, comme ça, pour rien. C'est la tendance normale du corps, semble-t-il. Il faut juste faire hyper attention après, pour les perdre : arrêter l'alcool et le saucisson, les glaces et le coca, pendant un mois. Toujours garder un oeil sur son poids ; la base.
Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.
Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?
La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.
Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.
Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?
La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.
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