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vendredi 22 avril 2011

Le tricot

Quand j'avais 7 ans, je me suis cassé la jambe, dans un accident de ski. C'était une fracture assez importante, qui a demandé plusieurs opérations. J'ai passé quelque temps à l'hôpital, alitée. C'est à cette occasion que j'ai appris le tricot.

Je n'y arrivais pas du tout.
J'étais encore plus maladroite à l'époque, et le tricot demande une très fine maitrise des mouvements. Glisser le fil au bon moment, tenir fermement les aiguilles, observer une régularité à toute épreuve dans la taille des boucles. Et avoir la patience de tisser des centaines, des centaines de mailles.

Bien sûr, assise dans son lit d'hôpital, la jeune Dam s'énerve, grommelle, tire sur le fil, fait tomber ses aiguilles (comment les ramasser quand on ne peut pas se lever ?), s'emmêle les coudes dans la pelote, jure encore, finit par tout jeter pas terre, et détricote depuis son lit les quelques rangs irréguliers de laine tombés par terre - son travail des dernières trois heures.


Je pense soudainement à ça, parce qu'il y a une heure, au moment d'allumer une cigarette, je me suis assise à côté de l'ayi du bureau, la femme de ménage.
Une petite bonne femme, ridée comme ma grand-mère, qui, quand elle n'arrose pas les plantes, tricote des chaussettes dans le petit sofa.
Le temps de ma cigarette, je l'ai regardé faire : une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un sourire à Dam, un coup d'œil à la montre, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un coup d'aiguille dans la pelote, on regarde si c'est assez pour la longueur d'un pied.
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers, et on recommence, doucement, régulièrement, sans se lasser, sans s'énerver.

Je lui ai rendu ses sourires, c'était un moment anodin.
C'était une jolie madeleine de Proust, pour moi, pour mes souvenirs d'enfance. Et j'ai eu la conviction que si j'essayais de nouveau de tricoter, je n'y arriverais toujours pas. Mais que maintenant, ça ne serait pas grave.


mardi 15 mars 2011

La vie est injuste

Je suppose que ça vous est déjà arrivé, comme moi, de vous regarder un jour dans la glace, et de remarquer que vous aviez grossi. Ca arrive, de ne pas faire attention pendant quelques temps, et de prendre 3 kilos, comme ça, pour rien. C'est la tendance normale du corps, semble-t-il. Il faut juste faire hyper attention après, pour les perdre : arrêter l'alcool et le saucisson, les glaces et le coca, pendant un mois. Toujours garder un oeil sur son poids ; la base.

Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.


Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?

La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.