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mercredi 4 mai 2011

Ne pas remettre à demain...

Je voulais écrire sur quelque chose de léger, et puis je suis tombée sur cet article, parlant du déni de grossesse et des bébés congelés. Affreuse dénomination pour un phénomène affreux, incompris. On y parle de Véronique Courjault, cette mère de famille condamnée, et aussi de la jeune femme de 26 ans dont a un retrouvé un bébé, congelé, il y a deux jours.

On y parle de femmes qui se retrouvent dans une situation qui ne les arrange pas : une grossesse, et qui décident, inconsciemment, de ne pas en prendre conscience.
Pas besoin d'être dans une grande misère sociale ou affective ; il suffit de se sortir tout ça de la tête, définitivement, retirer cela de son esprit. Aussi simple, aussi bête.

Mais ce qui m'a profondément dérangée, c'est la description qu'en font les médecins (dans l'article en question, mais aussi ailleurs). Ce sont des femmes, disent-ils, qui procrastinent en permanence, au quotidien. Qui sont engluées dans le quotidien, qui ne voient que ce qu'elles veulent voir. Qui écartent de leur esprit ce qui les dérange - parce que c'est plus simple.

Ce qui m'a terrifiée quand je me suis penchée sur cette question, c'est que c'était une parfaite description de la manière dont je fonctionne.
Procrastiner sur de très longues durées, sur des choses graves, sur des relations sociales importantes. Des examens médicaux (1 an), une réponse pour le mariage d'amis (4 mois)... C'est que je vis au quotidien sans m'occuper des choses qui me dérangent ou me font peur. Parce que c'est plus simple. Et souvent, j'oublie, sincèrement, inconsciemment.


Jour après jour, la situation s'aggrave, et je ne trouve plus la force - passé un moment - pour prendre les choses en main si je ne l'ai pas fait dans les premiers jours. Alors je laisse traîner, jusqu'au moment où la réalité me force à remettre les pieds sur Terre, la plupart du temps lorsque le problème est déjà advenu.

Je ne dis pas que je puisse être capable, un jour, de tuer un bébé après 9 mois de déni de grossesse. Je dis seulement que je sais que c'est possible, et que je sais de quel caractère cela vient. Le même caractère que le mien.

mercredi 13 avril 2011

Le monde est cheap et chiant

Le monde n’est plus ce qu’il était.

Scarlett et moi débattions l’autre jour d’une scène frappante de la série Mad Men : la parfaite petite famille américaine des années soixante fait un pique-nique à la campagne. Tout se passe très bien, l’après-midi est délicieuse, les enfants s’amusent. Vient le moment de partir : Mme Parfaite, dans son adorable robe à fleurs, secoue la nappe un grand coup, la plie, et tout le monde s’en va en sifflotant.

EN LAISSANT TOUS LEURS DECHETS SUR L’HERBE !! Ô scandale ! Ô stupeur ! Ô infamie !

Une scène impensable dans le credo actuel du politico-écologico-socialo-religioso-chianto-correct. Vous connaissez les fameux commandements : tu recycleras tes journaux, tu mangeras du chocolat équitable – mais parce qu’il est bon et pas pour aider les Africains, sinon tu risquerais d’être raciste, tu n’auras pas de grosse vilaine voiture polluante (d’ailleurs tu ne prendras pas la voiture), tu prendras encore moins l’avion, tu ne mangeras pas de thon rouge, tu ne pêcheras pas d’oursin, tu n’auras pas la moindre phrase déplacée qui risquerait de vexer un vieux yéti à Pétaouchnock, d’ailleurs tu ne diras pas « vieux » mais « d’âge mature », au final tu ne diras plus rien d’intéressant mais en tout cas tu seras poli.

Récemment, les couloirs du métro parisien ont été envahis par cette horreur.



Tu ne chercheras plus à être cultivé parce que ça risquerait d’oppresser le tiers état qui ne l’est pas. Tu tomberas gaiement dans la vulgarité, les présentateurs idiots, les émissions creuses et abrutissantes. Tu ne sora plue aicrir mai C pa grav (menge D fruie, lé fruie Cé trau bons).

Non mais sérieusement, pourquoi nous imposer une chose pareille ? Je suis écœurée de voir que, sous prétexte que certaines grosses comédies potaches sans la moindre finesse « plaisent au public » (et font rentrer de l’argent), elles finissent par envahir les écrans et nivellent par le bas le niveau général. Si on martèle l’esprit des gens à coups de Camping 2, de Big Mamma 3 et autres bouses, pas étonnant que les cerveaux s’habituent à ce niveau zéro de l’intellect et finissent par en redemander. C’est affligeant de voir cette décadence encouragée. Ce n’est pas parce que les gens n’ont pas les moyens d’aller tous les soirs à l’opéra que la seule alternative doit être de se planter niaisement devant Danse avec les Stars ou la Roue de la Fortune. Je ne dis pas non plus qu’aller tous les soirs à l’opéra doit être la norme (sincèrement, ça serait vite chiant tout de même). Mais j’ai tout de même la ferme impression que, en tout cas à l’époque de Mad Men, il y avait un juste milieu.

Au secours. Rendez-nous du contenu.

mercredi 9 mars 2011

Merci, mais non merci


La majorité des gens sont surpris, choqués, incrédules, voire moqueurs quand je leur dis ne pas vouloir d’enfants. « Tu es jeune, tu changeras d’avis ». « Les enfants c’est la vie, tu n’as pas le choix, c’est comme ça », et autres phrases à la con. C’est excessivement agaçant. Mais il est également très difficile d’expliquer aux gens pourquoi.

Il y a tellement de raisons qui motivent mon non choix ! Certaines sont très bonnes, d’autres absolument scandaleuses, mais toutes ensemble, imbriquées les unes aux autres, forment la solide certitude que mon bonheur et mon projet de vie ne passent pas par la maternité. Essayons de les lister.

Je vais commencer par évacuer les raisons scandaleuses et pas vraiment recevables, mais qui contribuent néanmoins à me rendre l’idée d’avoir des enfants insupportable. Déjà, il y a l’aspect physique des choses. Une grossesse et un accouchement, quoi qu’on en dise, c’est un cataclysme pour le corps. On ne me fera pas croire que mon bide peut se distendre de 10 fois sa surface de base et redevenir ensuite plat comme avant, comme si de rien était. On ne me fera pas croire que telle crème m’évitera les vergetures ; menteries et fariboles, il n’y a rien à faire contre ces horreurs ! On ne me fera pas croire qu’un truc de 50 cm de périmètre crânien peut passer par ma chatte sans tout défoncer sur son passage. Ajoutez à cela les seins qui tombent, l’épisiotomie, les kilos post grossesse relous à perdre, et vous m’avez déjà perdue en route. C’est horrible de ne penser qu’à son corps au lieu de le sacrifier sur l’autel du miracle de la vie ? Peut-être, mais mon corps, c’est la seule chose qui m’accompagnera toute mon existence, c’est mon véhicule en ce bas monde, ce qui relie mon cœur/mon âme/mon esprit (coucou Dam) au reste, et me permet de profiter de la vie, tout simplement. Il m’est précieux et j’ai envie d’en prendre soin. Allez-y, soyez scandalisés.

Mais ce n’est pas que la grossesse/l’accouchement qui me font horreur. Si à la rigueur le jeu en valait la chandelle, why not après tout ? Mais là, je ne vois pas de truc plus atroce que d’avoir à s’occuper d’un enfant. Bébé, ça hurle, ça chie, ça vomit, ça bouffe. Pretty much it. Il parait que parfois ca dort, des études sont en cours pour essayer de le prouver. Enfant, ça joue à qui fera la plus grosse connerie, ça pose tout un tas de questions chiantes, ça pleure encore, ça requiert une dose d’attention et d’énergie inimaginable. Quelques semaines en tant qu’animatrice en colo ont suffit à me le faire comprendre. Ado, ça fait des conneries encore plus grosses qu’avant, ça dit fuck à la laïfe en général et à ses parents en particulier, bonjour la gratitude. Adulte, ça te fout enfin la paix, mais toi tu es vieux donc c’est trop tard. Bref, quand tu as des enfants, tu peux mettre ta vie à toi entre parenthèses. Pendant au moins 20 ans. Je trouve ça triste.

Voilà. Ça c’était les raisons scandaleuses. Je sais bien qu’elles le sont, et j’ai commencé par les évacuer sur un ton volontairement provoc’ pour évoquer ensuite des raisons plus profondes, qui sont pour moi LA barrière au fait de se reproduire.

Faire un enfant, c’est sans doute merveilleux. L’amour filial inconditionnel, la relation unique entre parents et enfants, j’y crois à 2000% : j’aime mes parents plus que moi-même. Mais c’est aussi l’engagement le plus parfait et total qu’un être humain puisse prendre durant sa vie, ce qui pour moi est la chose la plus terrifiante du monde. Imagine, tu fais un enfant.

Pendant tout le reste de ta vie, pas une minute ne passera sans que tu ne penses à lui. Quand il ne sera pas avec toi, le doute et la peur te rongeront. Où est-il ? Que fait-il ? Est-ce qu’il ne risque rien ? Et la plupart du temps la réponse sera : si, il risque quelque chose. L’inquiétude perpétuelle, voila ce qui pour moi représente le fait d’être parent. Et ça me fait peur, je ne veux pas.

Et puis je suis qui, moi, pour décider de me reproduire ? Je suis qui pour décréter que je peux avoir un enfant, et que je serai a la hauteur pour lui permettre de devenir quelqu’un d’heureux et d’épanoui ? Ça aussi, ça me terrifie : avoir un enfant, dans l’idée que je m’en fais, c’est faire passer avant son propre bonheur le bonheur d’une autre personne, alors même qu’on ne peut jamais vraiment en avoir le contrôle. Je préfère mener ma propre vie, relever mes propres défis, me battre avec mes propres démons. Je n’aurai ni le temps, ni la force, ni le courage de me consacrer à construire une autre personne que moi-même. Oui, c’est de l’égoïsme. Tout comme est égoïste le choix de faire des enfants sans réfléchir a ces questions, juste parce qu’on souhaitait un soi-même en plus petit, juste parce qu’on « en a toujours voulu », juste parce que l’image idéale que l’on se fait de sa vie implique la reproduction. Et ce n’est pas grave.

Je changerai peut-être d’avis. Ou peut-être pas. Ça fait quand même plusieurs années que je rumine ce sujet dans ma petite caboche, et tout ce qui en ressort, c’est une certitude de plus en plus affirmée.

Et ca, les amis, j’ai comme l’impression que ca va me poser des problèmes dans ma vie sentimentale…