Le monde n’est plus ce qu’il était.
Scarlett et moi débattions l’autre jour d’une scène frappante de la série Mad Men : la parfaite petite famille américaine des années soixante fait un pique-nique à la campagne. Tout se passe très bien, l’après-midi est délicieuse, les enfants s’amusent. Vient le moment de partir : Mme Parfaite, dans son adorable robe à fleurs, secoue la nappe un grand coup, la plie, et tout le monde s’en va en sifflotant.
EN LAISSANT TOUS LEURS DECHETS SUR L’HERBE !! Ô scandale ! Ô stupeur ! Ô infamie !
Une scène impensable dans le credo actuel du politico-écologico-socialo-religioso-chianto-correct. Vous connaissez les fameux commandements : tu recycleras tes journaux, tu mangeras du chocolat équitable – mais parce qu’il est bon et pas pour aider les Africains, sinon tu risquerais d’être raciste, tu n’auras pas de grosse vilaine voiture polluante (d’ailleurs tu ne prendras pas la voiture), tu prendras encore moins l’avion, tu ne mangeras pas de thon rouge, tu ne pêcheras pas d’oursin, tu n’auras pas la moindre phrase déplacée qui risquerait de vexer un vieux yéti à Pétaouchnock, d’ailleurs tu ne diras pas « vieux » mais « d’âge mature », au final tu ne diras plus rien d’intéressant mais en tout cas tu seras poli.
Récemment, les couloirs du métro parisien ont été envahis par cette horreur.
Tu ne chercheras plus à être cultivé parce que ça risquerait d’oppresser le tiers état qui ne l’est pas. Tu tomberas gaiement dans la vulgarité, les présentateurs idiots, les émissions creuses et abrutissantes. Tu ne sora plue aicrir mai C pa grav (menge D fruie, lé fruie Cé trau bons).
Non mais sérieusement, pourquoi nous imposer une chose pareille ? Je suis écœurée de voir que, sous prétexte que certaines grosses comédies potaches sans la moindre finesse « plaisent au public » (et font rentrer de l’argent), elles finissent par envahir les écrans et nivellent par le bas le niveau général. Si on martèle l’esprit des gens à coups de Camping 2, de Big Mamma 3 et autres bouses, pas étonnant que les cerveaux s’habituent à ce niveau zéro de l’intellect et finissent par en redemander. C’est affligeant de voir cette décadence encouragée. Ce n’est pas parce que les gens n’ont pas les moyens d’aller tous les soirs à l’opéra que la seule alternative doit être de se planter niaisement devant Danse avec les Stars ou la Roue de la Fortune. Je ne dis pas non plus qu’aller tous les soirs à l’opéra doit être la norme (sincèrement, ça serait vite chiant tout de même). Mais j’ai tout de même la ferme impression que, en tout cas à l’époque de Mad Men, il y avait un juste milieu.
Au secours. Rendez-nous du contenu.
C'était pas mal, Big Mama 2, pourtant...
RépondreSupprimer#avocatdudiable
Plus sérieusement, c'est pour qu'on ça qu'on bosse dans l'art et la culture, non, l'Astre ?
RépondreSupprimerOui, clairement, on a un monde à sauver.
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