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mardi 2 août 2011

Quand je serai grande... je veux être un enfant!


http://www.hec.fr/Grande-Ecole/Videos/SO-MANY-DOORS-ONLY-ONE-KEY-HEC
Si t'as la flemme de lire, tu peux regarder ça, mais tu vas mourir!

Depuis quelques mois, je mène, un peu par hasard, une enquête sociale auprès des jeunes de 20/21 ans. Des sujets comme moi, qui ont une situation familiale stable, une santé solide, un peu d'argent des parents ; des gens qui sortent de prépa pour aller directement à la case "grande école parisienne" ; bref, des gens brillants et chanceux, qui s'apprêtent à vivre le moment le plus cool de leur vie. Du moins, c'est ce qu'affirment tous les autres.

Eh bien, j'ai constaté une chose étonnante : ils ont la trouille!

Pas une vague anticipation du genre: "tu crois que les gens vont être sympas en école, et que je vais pouvoir rester avec mes amis? Qu'est-ce que je vais faire comme spécialisation? C'est dur, le permis de conduire?". Non non.

Plutôt une trouille viscérale (j'en veux pour preuve l'état de mon foie, entre autres viscères, après quelques années de cette période de ma vie). Une angoisse à rendre Baudelaire jaloux. Des miquettes du diable. PEUR

Prenons trois sujets d'étude.
Sujet A (F, 20 ans, 0A) m'a pleuré dans les bras pendant des heures, déplorant son admission dans l'école la plus prestigieuse qu'elle ait envisagée après trois ans de prépa. Son interprétation avisée : "je me voyais plutôt aller dans l'école #2, c'est ça qui était prévu, je ne veux pas aller dans l'école #1." Tout ceci mêlé à la culpabilité d'avoir réussi sans le vouloir là où d'autres vivaient pour ça et ont échoué. Arrosé d'un peu d'alcool.
Sujet P (H, 20 ans, 1A), destabilisé par une proposition indécente d'une femme mûre de 23 ans, a concentré en un discours d'une demi-minute toute une série d'arguments qui devaient être très pertinents pour lui et qui ressemblent pour moi à d'affreux clichés raccornis : "je ne suis pas prêt à m'engager, d'ailleurs j'ai envie de profiter de la vie en école, en plus tu t'embêterais avec moi, et puis que dirait Machin? enfin y a la différence d'âge, sans parler de la distance [NDA : 20' en voiture, sachant que chacun est muni d'un permis et d'une voiture] ... et puis, ça fait longtemps, je sais plus faire."
Sujet F (H, 21 ans, 2A), parfaitement sobre, m'a avoué qu'il regrettait de ne pas arriver à pleurer de temps en temps. Et pourtant, il en avait gros. Suivre des cours de deuxième année, ok ; participer à des assos, volontiers ; gagner un peu d'argent de poche, pas trop compliqué ; trouver un stage, ça ira ; organiser des projets extra-scolaires, cap'! Mais tout ça à la fois.. Mamaaaan, où es-tu?

J'ai mon avis bien senti sur chacun des trois, et je connais leurs circonstances atténuantes (ils en ont, comme nous tous). Mais ce qui me frappe, outre la formulation de leurs arguments, qui sont bien de leur âge, dirais-je si j'étais une femme mûre de 33 ans, c'est que le fond du problème est le même pour tous : ils ont la trouille de se voir débarqués brutalement dans un monde d'adultes, après les rails de la prépa et de la vie chez papa-maman. Dans la vraie vie, un rail, c'est planant, dangereux, et ça peut vous envoyer à la case prison pour trois tours de dix ans. Et chez papa-maman, il y a la machine à laver (et dans quelques années, la baby sitter d'urgence).

Ce qui me frappe encore plus droit dans la face, c'est que tout ce qu'ils me disent, je l'ai dit aussi dans les trois dernières années. Toutes les semaines, j'ai eu le vertige en constatant que j'étais deux fois plus expérimentée que la semaine, le mois, le semestre d'avant. Et pourtant - mauvaise foi ou erreur de jeunesse - toutes les semaines, je me suis accrochée à ces arguments comme à des convictions gonflables qui allaient enfin me sauver de la noyade. Le pire? Je suis à peu près sûre que je continue à faire ça en ce moment même.

Ce que j'aimerais leur dire? Au sujet A, que choisir une école, ça ferme des portes, mais ça en ouvre aussi ; et que les découvertes qu'elle va faire dans les prochaines années ne sont pas celles qu'elle imagine, et tant mieux! Au sujet P, que c'est la seule période de sa vie où il pourra se lancer les yeux fermés et avoir encore un semblant de filet, que la vie se chargera bien de lui mettre des entraves et de lui faire louper des occasions sans qu'il le fasse lui-même. Au sujet F - sans doute le plus proche de mes préoccupations actuelles, à quelques mois près - que ses problèmes n'en sont pas, et que je l'admire d'en faire autant, et que le jour où il arrivera à freiner la course assez pour regarder derrière lui, il sera vachement fier. Et à tous, que cette peur est un super bon signe : ça veut dire qu'on n'est pas (trop) un petit péteux de fils à papa bardé de pistons, ni un imbécile béat de naïveté mal placée, ni une feuille de salade.

Mais au moment de leur dire ça, j'ai un problème. Souvent j'aimerais bien que Scarlett débarque de mon futur, avec trois ans de plus, et me fasse part de ses conclusions. Mais je pense que je ne la croirais pas. Et même si je devais la croire, ça serait quand même dommage d'avoir un spoiler dans l'histoire la plus passionnante de ma vie : comment j'ai fait pour me retrouver là, moi?

mardi 26 juillet 2011

Good morning sunshine

Depuis que j’ai fait l’acquisition de mon Blackberry, j’ai développé un nouveau petit rituel au réveil : chaque matin, dès que je me lève, j’y jette un œil et je me reconnecte au monde. La grande différence avec mes portables précédents étant que dorénavant, je n’ai plus seulement accès à mes textos mais aussi à mes mails, à Facebook, Twitter et toutes ces indispensables conneries.

Et dans ce que mon Blackberry a à m’annoncer chaque matin, on trouve un peu de tout :

-          D’abord, je reçois tous les matins un « texto biblique ». Citation de je ne sais quel texte religieux, 90% du temps oublié juste après sa lecture, mais qui réserve parfois des surprises. Comme un petit « Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis » ou un « Tiens bon et soit fort. Il ne te lâchera pas, il ne t’abandonnera pas » un matin où, justement, j’avais envie de mourir ou de tuer quelqu’un. Ou encore mon préféré : « Avec le vin ne fais pas le brave, car le vin a perdu bien des gens », joliment de circonstance un vendredi matin.
-          Ça peut aussi être un message sur Facebook pour organiser la soirée qui vient
-          Ou un petit twit qui me rappelle que deux de mes fidèles correspondantes du bout du monde sont déjà debout depuis 6 bonnes heures
-          Ou un nouvel article sur Microclimats
-          Ou le seul groupe de rock que je suis qui m’informe qu’ils vont encore faire un concert, mais encore à une date qui ne m’arrange pas du tout
-          Ou mon site de fanfictions qui m’informe qu’un de mes auteurs préférés a écrit un nouveau chapitre ou bien, ô joie ô merveille, qu’un de mes lecteurs a bien aimé mes histoires.
-          Ou une collègue au cours de mon dernier stage qui, levée tôt, s’est aperçue que j’avais sérieusement planté un truc et qui faudra penser à arranger ça dès que j’arriverai au Burö.
-          Ou la même fille qui, après ledit stage, me propose de me faire une lettre de recommandation, et puis me demande si pour mes vacances je vais avoir besoin d’un sac à dos parce qu’elle peut m’en prêter un au cas où.
-          Ou un fort charmant jeune homme qui a accepté ma friend request sur Facebook, à ma grande satisfaction. Je pouvais déjà voir ses photos mais tout de même, c’est plus sérieux comme ça.
-          Ou quelqu’un qui a eu un cancer.
-          Ou Amazon, navré de m’apprendre qu’en fait je vais devoir attendre deux semaines de plus pour recevoir mon bouquin qui n’est pas en stock.
-          Ou une nouvelle adepte du Trône de Fer, qui m’écrit offusquée par la scène où *** a *** avec *** et *** les a vus.
-          Ou une nouvelle promo sur Voyage-Sncf.com/Singapour Airlines/Bouygues Telecom
-          Ou un type BASURDE qui veut m’ajouter sur Google +
-          Ou un texto inattendu de quelqu’un qu’on ne croyait pas en France


Bref, mon Blackberry le matin, c’est un peu la boîte de Pandore. Ou comme une boîte de chocolat, pour plagier Forrest Gump. On ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Une péripétie



Un ami de mes parents est mort hier.

Pas forcement proche, pas forcement un très bon ami ; juste un père de famille, la cinquantaine.
Pas suffisamment proche pour que j'aie suivi en détail l'avancée du cancer, la rechute, les dernières semaines où l'on sait déjà. Juste une info de temps en temps, "ah, au fait, Pascal a été hospitalisé".

Un fait, indépendant de nos vies à nous, presque comme un personnage de roman dont on suit les péripéties.

Comme la mort d'Amy Winehouse, que j'ai lue sur Internet, que j'ai apprise comme j'avais appris la mort de ce personnage du Trône de Fer, à cinq minutes d'intervalle. Elle, overdose, lui, décapité.
Lui, cancer.

Juste un rebondissement dans l'histoire, à classer avec les mariages, les découvertes de filiations cachées ou les accidents de voiture.


Avec une famille  ravagée en plus. En vrai.

jeudi 19 mai 2011

Ma volonté, c'est les autres

Je crois que je peux le dire, j'aime bien être seule. Du moins, je m'habitue.
Mais être seule, c'est trop demander à ma force d'esprit : je plie sous le poids des responsabilités.


Je me suis rendue compte récemment que je ne suis civilisée qu'en présence d'autres humains. Il est si facile de se laisser aller quand personne n'est là pour réclamer des comptes. Passer la journée au lit, ne pas travailler, ne pas ranger. Ne pas sortir de l'appartement de la journée, puis de la journée d'après, puis de la journée d'après. Quand il n'y a personne d'autre que soi, vivre correctement est un véritable défi de la volonté. Et moi, je ne suis qu'une plante fragile, et ma tige est molle : je m'effondre si l'on me retire mes tuteurs, mon entourage.

J'ai un pensée pour les personnes qui vivent seules, véritablement seules. Qui n'ont personne à qui téléphoner, personne à visiter. Pas de hiérarchie, pas d'entourage. Rien qui les pousse à sortir, à se nourrir, à s'habiller le matin.

La volonté, c'est les autres. Autrui est un très bon anti-procrastinateur.

Et devient-on adulte à partir du moment où l'on est capable de se gérer seul, sans l'aide de ces tuteurs ? Ou bien peut-être, n'est-ce qu'un question de caractère ? Il se pourrait que certains caractères soient améliorables, au cours du temps, mais restent toujours des plantes sans véritables tiges. J'aimerais pouvoir dire qu'à mon âge, enfin, je suis adulte. Mais il devient clair que non, sans contacts humains, je ne sais pas me gérer.
Alors que faire, attendre ? Ou bien se lancer dans la vie adulte quand même ?

Prendre le risque de foutre en l'air des choses de plus en plus importantes, si l'on échoue ? Est-ce qu'avoir un enfant responsabilise soudainement assez pour nous aider à s'occuper de lui ? Est-ce qu'un enfant est un fruit lourd de plus, qui fait plier la tige, ou bien est-ce un tuteur supplémentaire ? Faut-il attendre d'avoir les pieds bien droits dans ses bottes, les pieds sur terre, pour s'engager ?

Je me laisse un an pour décider.

mercredi 13 avril 2011

Worst date ever

Imaginez le pire rendez-vous de la terre. Celui qui aurait presque bien se passer correctement à quelques détails près, mais où décidément non, rien ne va. Lui enchaîne gaffe sur gaffe. Vous, vous vous demandez avec stupeur ce que vous êtes venue faire dans cette galère.

Voilà, c’est à peu près ce que j’ai vécu tout à l’heure.

  • Pourtant ça commençait bien, il m’avait prévu une surprise. Rendez-vous près d’un théâtre à 19h45. Je me retiens de regarder la programmation dudit théâtre, pour ne pas gâcher la surprise. 
+ 100 points (sur un capital à peu près nul à la base).

  • Le soir dit, je le retrouve. Qui n’avait pas pris la peine de mettre ses lentilles et donc gardait ses – affreuses – lunettes. Bon, soit. Je remarque que son récent week-end au soleil lui a fait prendre des coups de soleil. « C’est vrai que toi, t’es blanche comme de la mozzarelle ».
- 20 points.

  • Finalement au lieu du théâtre, il m’emmène vers un musée. Bon. Voir une expo. Ok. Sauf que je l’ai déjà vue la semaine dernière, et je ne peux pas m’empêcher de le lui signaler. Du coup il se demande où on pourrait aller à la place. Preuve que, à part voir cette expo – une bonne idée en soi – et rentrer chez lui faire du tricot, il n’avait pas prévu grand-chose. Why not, mais dans l’absolu prévoir de prendre un verre ou de dîner après l’expo aurait pu être intéressant.
- 10 points.

  • Il se décide finalement à m’emmener dans un restaurant japonais à quelques stations de là. Idée sympa dans l’absolu ... Sauf quand on arrive devant l’endroit. Je n’ai JAMAIS vu de restaurant plus miteux : pas d’abat-jour à certaines lampes du plafond, une mauvaise odeur qui traîne, la vaisselle mal lavée. Les plats dans le même esprit. Mais ça n’avait pas du tout l’air de le déranger.
- 30 points

  • Conversation sur ce que je suis allée faire ce week-end. Je suis allée me balader et j’ai vu une expo (encore une), sur un genre de peinture anglais que j’aime énormément. J’ai à peine le temps de donner le titre de l’expo que : « Ah, je déteste ça ! C’est vraiment nul, c’est cucul la praline, j’aime pas du tout ».
- 10 points.

  • Il préfère les chiens aux chats.
- 5 points.

  • Je porte un vernis un peu exotique dans les teintes orange. « Tiens, tu devrais essayer de mettre du jaune » (déjà, un mec qui parle de vernis c’est louche). « Oui, mais le jaune va mal aux blondes » , dis-je. Ce qui ne le décourage pas : « Ah, mais en revanche la lingerie noire ça va vachement bien aux blondes ». Ok.

  • Et puis bref, morceaux choisis :

- « Je fais quasiment pas de sport ». « Ah c’est dommage, parce que t’es très bien foutue mais quand même si tu faisais du sport tu serais mieux ». Ok.
- Me proposer de boire quelque chose d’autre que de l’eau ? Me demander si je veux un dessert ou un café ? Non, tout de même pas.
- En revanche me demander de payer ma part, ça n’a pas loupé.
- Sortie du restaurant (enfin) vers 21h. Je lui laisse encore une chance : « Bon, où est-ce qu’on va maintenant ? ». « Eh ben je crois qu’on va au métro ! ».

- 150 points.

Inconscience ? Sabotage ? La suite au prochain numéro !