dimanche 16 octobre 2011

Vivre avec un chaton


(C’est difficile pour une fille de 22 ans qui a des frères allergiques)


Depuis une semaine, je vis avec un chaton. Il est roux, il a six mois, il s’appelle Merlin. Il est infiniment plus chiant et plus adorable que ce à quoi je m’attendais.

Voilà, là, typiquement, le chaton est perché sur ma commode alors que je ne veux pas qu’il aille dans ma chambre, et encore moins sur mes meubles. Après une semaine de batailles farouches – moi poursuivant le chaton à travers tout l’appart en vociférant les injures les plus infâmes – j’ai fini par céder. Pour ma défense, il me regarde avec ses grands yeux de Chat Potté, il mord avec ses petites dents de serpent et il lèche ses petites pattes blanches. #jefonds.

Mais dis-moi, chaton :
  • Tu es un chat. Tu n’es pas censé aimer l’eau. Donc, que vas-tu foutre en permanence dans la baignoire et dans l’évier ?

  • « Chat échaudé craint l’eau froide ». Je te garantis que tu vas trouver ce proverbe très parlant  si tu continues à te balader sur les plaques de cuisson.

  • Je trouve ça très chouette que tu ailles prendre l’air sur le balcon. Tu trouves ça très chouette de ramener des feuilles mortes et de la terre dans ma chambre. Il y a clairement un malentendu.

  • Toi qui perds des poils roux, arrête d’aller sur mon beau lit tout blanc ! Et inutile de te rouler en boule et de fermer les yeux et de ... ! Bon ok, je meurs de cuteness, je vais mettre un couvre-lit.

  • Il va falloir que tu m’expliques d’où vient ton addiction aux yaourts à la vanille et au chocolat. Toi chat, toi manger croquettes.



Pour information, pendant les dix minutes que j’ai passé à rédiger cet article, le chat est venu s’endormir sur mon lit et j’ai passé environ neuf minutes trente à le regarder en faisant « Awwwww ». J’attends de voir sa réaction quand je vais le virer de là pour aller me coucher.

mercredi 28 septembre 2011

Sensualité à l'état pur

Bonjour à tous! Bienvenue au musée de Scarlett...

Comme promis, et sans plus attendre, voici le tableau de la semaine! Si vous avez lu attentivement mon billet de mardi dernier, vous saurez d'où me vient l'envie de vous présenter cette oeuvre...

Van Dongen, Anita, 1907 (130 x 81 cm)
Collection particulière

Pour tout vous dire, j'ai découvert Anita dans un article de Slate il y a quelques mois et je suis tombée en arrêt. Ce tableau représentait exactement les impressions que je commençais à ressentir avec mes cours de modèle vivant.

Mais commençons par dire un petit mot de l'artiste. Kees Van Dongen (1877-1968) est un peintre néerlandais au prénom franchement absurde (en entier : Cornelis Theodorus). Il est surtout l'un des membres d'un mouvement aussi bref que brillant, le fauvisme, qui a sévi dans le monde culturel parisien entre 1905 et 1910, ayant commencé à décliner en 1908. De la vie de Cornelis avant les Fauves, retenons surtout qu'il a reçu sa formation à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Rotterdam, où il fut adepte et artiste du quartier rouge entre 16 et 21 ans, en plus d'être sympathisant anarchiste. En 1899, il rejoint une femme à Paris et l'épouse. Il expose principalement au Salon des indépendants en 1904, aux côtés de Matisse ou Vlaminck. Mais la date à retenir est 1905 : le Salon d'Automne, exposition qui fait scandale dans le tout-Paris de la critique. Les couleurs sont criardes, violentes, sans nuances. Ceux qui s'appellent désormais les Fauves - Van Dongen, mais aussi Derain, Vlaminck, Braque et surtout leur précurseur, Matisse - viennent de lancer un pot de peinture pure à la face de Paris. Dans le prolongement de ses habitudes rotterdamoises, Van Dongen s'éprend de Montmartre, dont il s'applique à représenter les femmes - nues, très fardées, jusqu'à la déformation de leur visage par des couleurs trop vives et des lumières trop brutales. Malgré ses tribulations futures en Afrique du Nord, dans l'Europe des années folles ou encore en Allemangne nazie sur l'invitation de Goebbels, ce sont ces femmes de Paris qui demeurent sa marque de fabrique.

Il me semble qu'Anita représente assez bien tout cela... A ceci près que ce tableau m'évoque plutôt du Gauguin que du Toulouse-Lautrec ou du Degas, dont Van Dongen tire son inspiration. Je ne crois pas que ce soit une de ses toiles les plus célèbres, aussi me permettrai-je d'en parler très personnellement, sans blabla académique, ni prétention d'exhaustivité.
Ce que je vois chez Anita, c'est ce que j'ai trouvé sur les modèles que j'ai dessinées : des volumes. La technique des aplats de couleurs permet de représenter le corps comme une imbrications de pièces distinctes, plutôt que comme une ligne globale censée montrer la silhouette. D'abord, on ne peut pas dessiner une silhouette en modèle vivant, tout simplement à cause des jeux de lumière qui absorbent plus ou moins le corps dans le décor (c'est beau, j'ai pas fais exprès, promis). Et puis, franchement, quand je regarde mon corps, je n'ai pas l'impression que mon ventre soit le prolongement de mes seins, ni que mes jambes et bras soient des excroissances symétriques du tronc. Chaque membre a droit à son autonomie, sa couleur, sa lumière, bref, son volume.
Les Grecs de l'Antiquité vous auraient dit que la plus belle des harmonies vient de la combinaison de volumes qui se ressemblent sans être exactement de même dimension. Je trouve que ça vaut ici pour la couleur. Anita y gagne une beauté unique qui ne vient pas de ses mensurations ; de même, Anita le tableau tire des couleurs son unité : il faut imaginer cette toile toute rose contrastant avec des oeuvres politiquement correctes sur le mur bien blanc d'un musée bien classique, il y a de cela une petite centaine d'années... Comme j'aime cette femme criarde et sensuelle en dépit des conventions!

Pour en savoir un peu plus, je vous recommande cet article à propos de l'expo "Van Dongen, fauve, anarchiste et mondain" qui s'est malheureusement terminée en juillet dernier au Musée d'art moderne de la ville de Paris. En revanche, vous pourrez aller voir un peu de Matisse à l'expo "L'aventure des Stein" à partir du 5 octobre 2011 au Grand Palais. Bonne visite!

mardi 27 septembre 2011

Le dimanche, c'est peinture!

Comme certains le savent, je suis récemment revenue à l'une de mes passions les plus anciennes : le dessin. Ou la peinture. Ou parfois la sculpture, mais avec très peu de succès. Ouais, plutôt le dessin, en fait. Ces derniers temps, j'ai surtout découvert le modèle vivant (dessiner des gens tout nus et entendre Maman me dire : "Mais c'est très bien, ma chérie, continue à regarder des gens tout nus, et j'espère que tu auras aussi plein de modèles hommes tout nus!". #extase)

Bref, tout ceci m'a donné une idée. Désormais, si vous le permettez, je vous présenterai tous les dimanche un tableau ou un artiste ou un courant que j'aime particulièrement. Les chanceux qui sont parfois invités dans la chambre de mon adolescence auront peut-être même déjà vu des reproductions de ces oeuvres plein les murs.

Vu que - les perspicaces de la bande n'auront pas manqué de le remarquer - nous sommes seulement mardi, il n'y aura pas de tableau aujourd'hui. Je vous laisse rêver sur les beautés que vous allez bientôt découvrir et la culture pleine de failles mais culture quand même que vous acquerrez grâce à mes brillantes recherches Wikipedia. Et vous, en échange, vous me laissez quelques jours pour bosser sur l'ouverture de mon musée virtuel.

Je précise que cette initiative est aussi altruiste que de faire un gâteau au chocolat : tout le monde y goûte, mais premier de tous, le cuistot. En plus il a le droit de lécher le plat... Comprendre : je compte bien m'amuser, ou au moins me cultiver, et si d'aventure j'en ramasse quelques uns sur le chemin qui auraient eu la flemme de faire eux-mêmes les recherches, tant mieux pour nous tous!

Encore une chose. Je ne prétends pas être une référence en histoire de l'art, je vais sans doute vous raconter des poncifs et probablement aussi faire quelques erreurs. Je vous prie d'avance de me les pardonner et surtout de me les signaler! De même que, si mes analyses personnelles ne vous plaisent pas, je serai ravie d'entendre les vôtres... Sérieusement... D'ailleurs si quelqu'un connaît un site ou un blog qui fournisse le genre de service que je vous propose ici, qu'il m'envoie le lien!

Bonne soirée à tous, et à dimanche au musée!

mardi 2 août 2011

Quand je serai grande... je veux être un enfant!


http://www.hec.fr/Grande-Ecole/Videos/SO-MANY-DOORS-ONLY-ONE-KEY-HEC
Si t'as la flemme de lire, tu peux regarder ça, mais tu vas mourir!

Depuis quelques mois, je mène, un peu par hasard, une enquête sociale auprès des jeunes de 20/21 ans. Des sujets comme moi, qui ont une situation familiale stable, une santé solide, un peu d'argent des parents ; des gens qui sortent de prépa pour aller directement à la case "grande école parisienne" ; bref, des gens brillants et chanceux, qui s'apprêtent à vivre le moment le plus cool de leur vie. Du moins, c'est ce qu'affirment tous les autres.

Eh bien, j'ai constaté une chose étonnante : ils ont la trouille!

Pas une vague anticipation du genre: "tu crois que les gens vont être sympas en école, et que je vais pouvoir rester avec mes amis? Qu'est-ce que je vais faire comme spécialisation? C'est dur, le permis de conduire?". Non non.

Plutôt une trouille viscérale (j'en veux pour preuve l'état de mon foie, entre autres viscères, après quelques années de cette période de ma vie). Une angoisse à rendre Baudelaire jaloux. Des miquettes du diable. PEUR

Prenons trois sujets d'étude.
Sujet A (F, 20 ans, 0A) m'a pleuré dans les bras pendant des heures, déplorant son admission dans l'école la plus prestigieuse qu'elle ait envisagée après trois ans de prépa. Son interprétation avisée : "je me voyais plutôt aller dans l'école #2, c'est ça qui était prévu, je ne veux pas aller dans l'école #1." Tout ceci mêlé à la culpabilité d'avoir réussi sans le vouloir là où d'autres vivaient pour ça et ont échoué. Arrosé d'un peu d'alcool.
Sujet P (H, 20 ans, 1A), destabilisé par une proposition indécente d'une femme mûre de 23 ans, a concentré en un discours d'une demi-minute toute une série d'arguments qui devaient être très pertinents pour lui et qui ressemblent pour moi à d'affreux clichés raccornis : "je ne suis pas prêt à m'engager, d'ailleurs j'ai envie de profiter de la vie en école, en plus tu t'embêterais avec moi, et puis que dirait Machin? enfin y a la différence d'âge, sans parler de la distance [NDA : 20' en voiture, sachant que chacun est muni d'un permis et d'une voiture] ... et puis, ça fait longtemps, je sais plus faire."
Sujet F (H, 21 ans, 2A), parfaitement sobre, m'a avoué qu'il regrettait de ne pas arriver à pleurer de temps en temps. Et pourtant, il en avait gros. Suivre des cours de deuxième année, ok ; participer à des assos, volontiers ; gagner un peu d'argent de poche, pas trop compliqué ; trouver un stage, ça ira ; organiser des projets extra-scolaires, cap'! Mais tout ça à la fois.. Mamaaaan, où es-tu?

J'ai mon avis bien senti sur chacun des trois, et je connais leurs circonstances atténuantes (ils en ont, comme nous tous). Mais ce qui me frappe, outre la formulation de leurs arguments, qui sont bien de leur âge, dirais-je si j'étais une femme mûre de 33 ans, c'est que le fond du problème est le même pour tous : ils ont la trouille de se voir débarqués brutalement dans un monde d'adultes, après les rails de la prépa et de la vie chez papa-maman. Dans la vraie vie, un rail, c'est planant, dangereux, et ça peut vous envoyer à la case prison pour trois tours de dix ans. Et chez papa-maman, il y a la machine à laver (et dans quelques années, la baby sitter d'urgence).

Ce qui me frappe encore plus droit dans la face, c'est que tout ce qu'ils me disent, je l'ai dit aussi dans les trois dernières années. Toutes les semaines, j'ai eu le vertige en constatant que j'étais deux fois plus expérimentée que la semaine, le mois, le semestre d'avant. Et pourtant - mauvaise foi ou erreur de jeunesse - toutes les semaines, je me suis accrochée à ces arguments comme à des convictions gonflables qui allaient enfin me sauver de la noyade. Le pire? Je suis à peu près sûre que je continue à faire ça en ce moment même.

Ce que j'aimerais leur dire? Au sujet A, que choisir une école, ça ferme des portes, mais ça en ouvre aussi ; et que les découvertes qu'elle va faire dans les prochaines années ne sont pas celles qu'elle imagine, et tant mieux! Au sujet P, que c'est la seule période de sa vie où il pourra se lancer les yeux fermés et avoir encore un semblant de filet, que la vie se chargera bien de lui mettre des entraves et de lui faire louper des occasions sans qu'il le fasse lui-même. Au sujet F - sans doute le plus proche de mes préoccupations actuelles, à quelques mois près - que ses problèmes n'en sont pas, et que je l'admire d'en faire autant, et que le jour où il arrivera à freiner la course assez pour regarder derrière lui, il sera vachement fier. Et à tous, que cette peur est un super bon signe : ça veut dire qu'on n'est pas (trop) un petit péteux de fils à papa bardé de pistons, ni un imbécile béat de naïveté mal placée, ni une feuille de salade.

Mais au moment de leur dire ça, j'ai un problème. Souvent j'aimerais bien que Scarlett débarque de mon futur, avec trois ans de plus, et me fasse part de ses conclusions. Mais je pense que je ne la croirais pas. Et même si je devais la croire, ça serait quand même dommage d'avoir un spoiler dans l'histoire la plus passionnante de ma vie : comment j'ai fait pour me retrouver là, moi?

mardi 26 juillet 2011

Good morning sunshine

Depuis que j’ai fait l’acquisition de mon Blackberry, j’ai développé un nouveau petit rituel au réveil : chaque matin, dès que je me lève, j’y jette un œil et je me reconnecte au monde. La grande différence avec mes portables précédents étant que dorénavant, je n’ai plus seulement accès à mes textos mais aussi à mes mails, à Facebook, Twitter et toutes ces indispensables conneries.

Et dans ce que mon Blackberry a à m’annoncer chaque matin, on trouve un peu de tout :

-          D’abord, je reçois tous les matins un « texto biblique ». Citation de je ne sais quel texte religieux, 90% du temps oublié juste après sa lecture, mais qui réserve parfois des surprises. Comme un petit « Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis » ou un « Tiens bon et soit fort. Il ne te lâchera pas, il ne t’abandonnera pas » un matin où, justement, j’avais envie de mourir ou de tuer quelqu’un. Ou encore mon préféré : « Avec le vin ne fais pas le brave, car le vin a perdu bien des gens », joliment de circonstance un vendredi matin.
-          Ça peut aussi être un message sur Facebook pour organiser la soirée qui vient
-          Ou un petit twit qui me rappelle que deux de mes fidèles correspondantes du bout du monde sont déjà debout depuis 6 bonnes heures
-          Ou un nouvel article sur Microclimats
-          Ou le seul groupe de rock que je suis qui m’informe qu’ils vont encore faire un concert, mais encore à une date qui ne m’arrange pas du tout
-          Ou mon site de fanfictions qui m’informe qu’un de mes auteurs préférés a écrit un nouveau chapitre ou bien, ô joie ô merveille, qu’un de mes lecteurs a bien aimé mes histoires.
-          Ou une collègue au cours de mon dernier stage qui, levée tôt, s’est aperçue que j’avais sérieusement planté un truc et qui faudra penser à arranger ça dès que j’arriverai au Burö.
-          Ou la même fille qui, après ledit stage, me propose de me faire une lettre de recommandation, et puis me demande si pour mes vacances je vais avoir besoin d’un sac à dos parce qu’elle peut m’en prêter un au cas où.
-          Ou un fort charmant jeune homme qui a accepté ma friend request sur Facebook, à ma grande satisfaction. Je pouvais déjà voir ses photos mais tout de même, c’est plus sérieux comme ça.
-          Ou quelqu’un qui a eu un cancer.
-          Ou Amazon, navré de m’apprendre qu’en fait je vais devoir attendre deux semaines de plus pour recevoir mon bouquin qui n’est pas en stock.
-          Ou une nouvelle adepte du Trône de Fer, qui m’écrit offusquée par la scène où *** a *** avec *** et *** les a vus.
-          Ou une nouvelle promo sur Voyage-Sncf.com/Singapour Airlines/Bouygues Telecom
-          Ou un type BASURDE qui veut m’ajouter sur Google +
-          Ou un texto inattendu de quelqu’un qu’on ne croyait pas en France


Bref, mon Blackberry le matin, c’est un peu la boîte de Pandore. Ou comme une boîte de chocolat, pour plagier Forrest Gump. On ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Une péripétie



Un ami de mes parents est mort hier.

Pas forcement proche, pas forcement un très bon ami ; juste un père de famille, la cinquantaine.
Pas suffisamment proche pour que j'aie suivi en détail l'avancée du cancer, la rechute, les dernières semaines où l'on sait déjà. Juste une info de temps en temps, "ah, au fait, Pascal a été hospitalisé".

Un fait, indépendant de nos vies à nous, presque comme un personnage de roman dont on suit les péripéties.

Comme la mort d'Amy Winehouse, que j'ai lue sur Internet, que j'ai apprise comme j'avais appris la mort de ce personnage du Trône de Fer, à cinq minutes d'intervalle. Elle, overdose, lui, décapité.
Lui, cancer.

Juste un rebondissement dans l'histoire, à classer avec les mariages, les découvertes de filiations cachées ou les accidents de voiture.


Avec une famille  ravagée en plus. En vrai.

mardi 12 juillet 2011

Toute la musique que je j'aime...

Il y avait un film - l'homme de ma vie m'en parle régulièrement, mais j'oublie le nom régulièrement - où le héros range les périodes de sa vie suivant la musique qu'il écoutait à l'époque.
J'ai entamé mon 5ème mois de Chine, et voilà les musiques qui pour toujours, seront associées à Pékin dans mon esprit :

Britney Spears, Femme Fatale ; Far East Mouvement, Like a G6.
C'est l'hiver à Pékin, il fait un froid insoutenable. Le manteau que j'ai apporté de France ne suffit pas à couper le vent. Il fait nuit tôt, et je rencontre mes premiers amis étrangers dans des bars, en buvant mes premières Tsing Tao. Femme Fatale est un album sale, la musique est nasty. C'est sans aucun doute une musique qui dit : Fais la fête pour survivre. Like a G6 passe en boucle dans les clubs bondés. Shots de tequilas avec mes collocs chinoises.

Alex Beaupain, Les Chansons d'Amour ; André Manouquian, So in Love.
Il fait toujours froid, mais je m'habitue à la ville, à ses habitants. Je n'arrive pas à gérer la distance, je garde peu de contacts avec Paris. La France me manque. Je teste mon premier vin chinois, j'achète des Vaches qui rit comme ersatz de fromage. J'écoute Les Chansons d'Amour en boucle, et je regarde le film quatre fois d'affilée. Forcément, je pleure. Les français quittent Pékin les uns après les autres. Le printemps se dessine.

Amy Whinehouse, Frank ; Emilie Simon, Dame de Lotus ; Les BB Brunes, sélection.
Un très court printemps, deux semaines, trois peut-être. Le soleil est doux et l'on va à la plage, on fait des barbecue. J'essaye de faire écouter un peu de musique française aux étrangers, ils tombent amoureux d'Emilie Simon. Je prépare l'arrivée du boyfriend, je commence seulement à apprendre quelques mots de chinois. Yuo guai, zuo guai. Les BB Brunes me rappellent le lycée.

Oh La La, Oh La La ; Les Brigitte, Et vous tu m'aimes ?.
Le boyfriend est arrivé et a apporté avec lui deux albums français. Je les écoute en marchant jusqu'au bureau. La chaleur est étouffante. Je suis en paix avec Pékin, Paris, mes amis. La reprise de Ma Bentz par les Brigitte est trop sexuelle pour cette chaleur ; mais Oh La La me rappelle combien j'aime Paris. Oh La La incarne Paris, une soirée dans un bar, un verre de bon vin. Nous mangeons beaucoup de tofu épicé, et la Tiger coule à flot. Je sens venir la fin.

Britney Spears, Femme Fatale.
Le prochain stagiaire arrive demain, et je pars dans 33 jours. Je retourne à mes premières amours. Etrangement, Femme Fatale est moins nasty, écouté en été. Till the world ends sent toujours la sueur des clubs, mais les soirées sont plus joyeuses, presque nostalgiques. Comme si Britney s'était débarrassée de ses démons. Danser pour vivre, et non plus pour survivre.

jeudi 7 juillet 2011

Comment j'aurais pu devenir un gros macho, et en fait non.

L'affaire DSK nous a flingué le cerveau, ses accusatrices créent la polémique, ses défenseurs nous font saigner les oreilles à coup d'offenses à la raison, toussa. On en aurait presque marre de vouloir croire à l'égalité, au statut des femmes. Bof bof. Ca serait beaucoup plus simple si on était des gros machos.
On n'a qu'à s'en foutre, un peu, non ?
Ca me paraissait pas mal comme solution.


Et puis, j'ai regardé Sucker Punch.
L'homme qui partage ma vie m'avait convaincue de faire preuve d'un peu d'humour, et de regarder des meufs bonnes en minijupes mitrailler des dragons. (ça aurait pu marcher - rapport au fait que j'aime bien les meufs bonnes, quand même)

Sauf que des couettes blondes et un bout de nombril, les mecs, Britney l'avait fait il y a 10 ans.

Mais Sucker Punch n'est même pas un navet. C'est pire.

Intrigue (si tant est qu'on puisse appeler ça une intrigue) : 
Une orpheline se fait emmener par son père dans un hôpital psychiatrique pour qu'ils la lobotomisent (ambiance glauque, pas très loin de Saw). Elle a 5 jours à patienter avant l'opération. Pour survivre, elle s'invente un monde où l'hôpital est un cabaret et ses potes sont des prostituées maltraitées (ambiance Chicago et Moulin Rouge). Là, elles survivent grâce à leurs talents de danseuses. Elles planifient leur évasion. D'ailleurs, pendant que l'héroïne danse, elles se retrouvent toutes ensemble dans un monde où elles combattent des dragons, des robots et/ou des Poilus allemands zombies (ambiance jeu vidéo).

J'ai rien contre les filles en culotte. Mais je préfère quand elles sont consentantes.

Vous trouvez que mon résumé du scénario est pas très clair ? C'est pas clair dans le film non plus.
Ca a l'air stupide et misogyne ? Ca l'est dans le film aussi.

Heureusement, l'héroine a toujours la bouche ouverte pour bien rappeler qu'elle est sexy.

Ca vous choque de voir qu'on peut associer les codes du fantasme à des scènes d'humiliation, de menace de viol, de torture et de meurtre, tout en faisant passer ça pour de la rébellion féminine ?

Là, elle se fait attaquer par son père. Mais heureusement, au lieu de se rebeller dans la vraie vie, elle s'invente un autre monde. Un monde où elle est prostituée. C'est ça, la force de l'esprit de la femme.


Bref, au début, j'ai cru que j'allais m'endormir. Puis j'ai cru que j'allais mourir tellement l'esthétique est ridicule. Puis j'ai cru que j'allais vomir, tellement ce que les présupposés derrière l'intrigue et les personnages sont pervers et misogynes.

Puis j'ai su que je serais jamais un gros macho, et que je pourrai jamais m'en foutre, de la place de la femme, toussa.

mardi 31 mai 2011

Mr. Darcy

Ou l’Amour vu par Jane Austen.


Je viens de finir, avec Mansfield Park, de regarder les six films inspirés des romans de Jane Austen. 
Pardon : des romans de la Grande Prêtresse Intersidérale du Romantisme en Robes Empire.

Et, comme à chaque fois que je regarde l’un de ces films, j’en sors hébétée, un peu incrédule en surface, mais dans le fond profondément convaincu qu’un prince charmant sur son cheval blanc m’attend au coin de la rue. C’est l’effet Mr. Darcy.


(oui, bien sûr que j’ai un dossier « Darcy » sur mon ordinateur)

Effet Darcy, Willoughby, Edmund ou Frederick Wentworth : le concept reste le même, celui d’un jeune homme tombant passionnément amoureux d’une jeune fille dans la bonne société anglaise du XIXème siècle. Un scénario qui, a priori, ne casserait pas trois pattes à un canard – d’autant plus que c’est six fois la même chose. Sauf que, magie de Jane Austen et effet Mr. Darcy, on ne s’en lasse pas.

Deux cents ans plus tard, plus personne n’oserait imaginer et écrire une histoire où un homme tombe amoureux d’une femme après l’avoir simplement côtoyée pendant quelques semaines. Sans jamais l’embrasser, sans jamais la voir autrement vêtue qu’avec la plus stricte modestie (clairement, on ne fait pas plus informe qu’une robe Empire). Sans que la jeune fille se distingue par une beauté époustouflante, une fortune remarquable ou un talent de séduction particulier. Ne parlons pas des bals, où les danseurs se tiennent à peu près à la même distance que des collégiens pendant un slow.

Simplement en vivant à ses côtés, en lui parlant, en croisant son regard, tomber amoureux comme jamais, en perdre la raison, être prêt à tout quitter pour l’épouser. Trouver assez de perfection dans la personnalité de l’autre pour vouloir vivre à ses côtés jusqu’à la fin de ses jours (au fin fond de la campagne anglaise, qui plus est).

Hallucinant. Basurde. Improbable. Ridicule. Délirant. Nonsense.
Jane, dans quel monde vis-tu ?!

Je peux venir ?

Du LOL en barre

Je réfléchis trop, dernièrement. Je poste trop sur ce blog ; je remets tout en cause. Je débats avec Scarlett, avec Lo, du sens de la vie, de l'existence de Dieu, de la pérennité des relations humaines, de la couleur des manucures.

Je réfléchis trop, je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Et dans ces moments-là, il n'y a qu'une chose qui me sauve. Pas l'Haagen Dazs à la noix de Macadamia, pas la saison 2 de Glee (un peu, quand même).

Le LOL. Les memes Internet. Les vidéos de chatons qui éternuent et les détournements graveleux de Star Wars ou d'Harry Potter. Les photomontages d'Obama ; les gifs impliquant 50 Keanu Rieves et une bande son insoutenable. Aucun sens, aucun but, juste du pur délire.

Certains vont me dire : Mer tu et fou ; mais c'est ma passion secrète, mon obsession honteuse. Et ça marche : rire de You've gotta be kitten me permet de mieux dormir la nuit sans trop penser à la vie après la mort.




Enkuler de rire.


jeudi 19 mai 2011

Ma volonté, c'est les autres

Je crois que je peux le dire, j'aime bien être seule. Du moins, je m'habitue.
Mais être seule, c'est trop demander à ma force d'esprit : je plie sous le poids des responsabilités.


Je me suis rendue compte récemment que je ne suis civilisée qu'en présence d'autres humains. Il est si facile de se laisser aller quand personne n'est là pour réclamer des comptes. Passer la journée au lit, ne pas travailler, ne pas ranger. Ne pas sortir de l'appartement de la journée, puis de la journée d'après, puis de la journée d'après. Quand il n'y a personne d'autre que soi, vivre correctement est un véritable défi de la volonté. Et moi, je ne suis qu'une plante fragile, et ma tige est molle : je m'effondre si l'on me retire mes tuteurs, mon entourage.

J'ai un pensée pour les personnes qui vivent seules, véritablement seules. Qui n'ont personne à qui téléphoner, personne à visiter. Pas de hiérarchie, pas d'entourage. Rien qui les pousse à sortir, à se nourrir, à s'habiller le matin.

La volonté, c'est les autres. Autrui est un très bon anti-procrastinateur.

Et devient-on adulte à partir du moment où l'on est capable de se gérer seul, sans l'aide de ces tuteurs ? Ou bien peut-être, n'est-ce qu'un question de caractère ? Il se pourrait que certains caractères soient améliorables, au cours du temps, mais restent toujours des plantes sans véritables tiges. J'aimerais pouvoir dire qu'à mon âge, enfin, je suis adulte. Mais il devient clair que non, sans contacts humains, je ne sais pas me gérer.
Alors que faire, attendre ? Ou bien se lancer dans la vie adulte quand même ?

Prendre le risque de foutre en l'air des choses de plus en plus importantes, si l'on échoue ? Est-ce qu'avoir un enfant responsabilise soudainement assez pour nous aider à s'occuper de lui ? Est-ce qu'un enfant est un fruit lourd de plus, qui fait plier la tige, ou bien est-ce un tuteur supplémentaire ? Faut-il attendre d'avoir les pieds bien droits dans ses bottes, les pieds sur terre, pour s'engager ?

Je me laisse un an pour décider.

mercredi 4 mai 2011

Ne pas remettre à demain...

Je voulais écrire sur quelque chose de léger, et puis je suis tombée sur cet article, parlant du déni de grossesse et des bébés congelés. Affreuse dénomination pour un phénomène affreux, incompris. On y parle de Véronique Courjault, cette mère de famille condamnée, et aussi de la jeune femme de 26 ans dont a un retrouvé un bébé, congelé, il y a deux jours.

On y parle de femmes qui se retrouvent dans une situation qui ne les arrange pas : une grossesse, et qui décident, inconsciemment, de ne pas en prendre conscience.
Pas besoin d'être dans une grande misère sociale ou affective ; il suffit de se sortir tout ça de la tête, définitivement, retirer cela de son esprit. Aussi simple, aussi bête.

Mais ce qui m'a profondément dérangée, c'est la description qu'en font les médecins (dans l'article en question, mais aussi ailleurs). Ce sont des femmes, disent-ils, qui procrastinent en permanence, au quotidien. Qui sont engluées dans le quotidien, qui ne voient que ce qu'elles veulent voir. Qui écartent de leur esprit ce qui les dérange - parce que c'est plus simple.

Ce qui m'a terrifiée quand je me suis penchée sur cette question, c'est que c'était une parfaite description de la manière dont je fonctionne.
Procrastiner sur de très longues durées, sur des choses graves, sur des relations sociales importantes. Des examens médicaux (1 an), une réponse pour le mariage d'amis (4 mois)... C'est que je vis au quotidien sans m'occuper des choses qui me dérangent ou me font peur. Parce que c'est plus simple. Et souvent, j'oublie, sincèrement, inconsciemment.


Jour après jour, la situation s'aggrave, et je ne trouve plus la force - passé un moment - pour prendre les choses en main si je ne l'ai pas fait dans les premiers jours. Alors je laisse traîner, jusqu'au moment où la réalité me force à remettre les pieds sur Terre, la plupart du temps lorsque le problème est déjà advenu.

Je ne dis pas que je puisse être capable, un jour, de tuer un bébé après 9 mois de déni de grossesse. Je dis seulement que je sais que c'est possible, et que je sais de quel caractère cela vient. Le même caractère que le mien.

lundi 25 avril 2011

Taxi driver

Il y a 2 mois, souvenez-vous, je me réjouissais de l'aspect sauvage de la Chine. Je me rends compte aujourd'hui combien mon impression était faussée.
Aujourd'hui, je crois que j'apprends à lâcher prise pour tenir le coup ; j'espère juste ne pas perdre l'esprit.


On le sait, ici, tout est sauvage. Un peu barbare.
S'habiller comme dans les années 80, manger en faisant du bruit et des taches, travailler à demi-mot, hurler sur les gens. Vivre dans un environnement bourré de monde, bruyant, épuisant. Se disputer avec les vendeurs, crier pour obtenir un prix décent. Faire 30 minutes de taxi pour boire un café correct.

Mais l'aspect barbare de la Chine n'est pas anecdotique ; ça n'est pas là un jour ou deux, le temps de le remarquer. Pas seulement quand c'est jouissif (parce qu'on peut fumer dans les bars) ou rigolo (parce qu'un leggin léopart violet, c'est rigolo). La différence culturelle là, et au quotidien, elle fatigue. Tout est sauvage, même ce qui nous dérange profondément. Même quand on n'a plus envie.

Au bout de deux mois à être choquée de tout - après avoir cessé de m'en amuser, j'ai deux choix devant moi : garder intactes mes convictions parisiennes et Damiennes, et devenir folle ; ou bien faire une croix sur un certain nombre de principes auxquels je suis foncièrement attachée, et survivre.

Il y a deux jours, dans un taxi, Ivan s'est mis à hurler sur le chauffeur de taxi, parce qu'il gromelait en chinois que c'était compliqué, que l'endroit où on allait était pas pratique, etc.
Dans mon esprit, personne ne devrait jamais hurler sur un taxi driver. De la même manière que quelque soit la raison, on ne met pas un poing dans la tête de quelqu'un.
Après deux jours de réflexion, je suis toujours choquée, mais je commence à penser que TIC, This Is China. C'est comme ça que ça fonctionne ici. S'il faut hurler, hurlons. S'il faut taper, tapons. S'il faut être sauvage, soyons.



Il faut bien survivre.


Mais comment ferai-je quand je rentrerai chez moi ? Est-ce que je hurlerai, taperai, serai sauvage ? Je ne sais déjà plus manger avec des couverts. Si Pékin commence à transformer jusqu'aux plus profonds principes de ce que je suis, qui serai-je quand je reviendrai ?





vendredi 22 avril 2011

Le tricot

Quand j'avais 7 ans, je me suis cassé la jambe, dans un accident de ski. C'était une fracture assez importante, qui a demandé plusieurs opérations. J'ai passé quelque temps à l'hôpital, alitée. C'est à cette occasion que j'ai appris le tricot.

Je n'y arrivais pas du tout.
J'étais encore plus maladroite à l'époque, et le tricot demande une très fine maitrise des mouvements. Glisser le fil au bon moment, tenir fermement les aiguilles, observer une régularité à toute épreuve dans la taille des boucles. Et avoir la patience de tisser des centaines, des centaines de mailles.

Bien sûr, assise dans son lit d'hôpital, la jeune Dam s'énerve, grommelle, tire sur le fil, fait tomber ses aiguilles (comment les ramasser quand on ne peut pas se lever ?), s'emmêle les coudes dans la pelote, jure encore, finit par tout jeter pas terre, et détricote depuis son lit les quelques rangs irréguliers de laine tombés par terre - son travail des dernières trois heures.


Je pense soudainement à ça, parce qu'il y a une heure, au moment d'allumer une cigarette, je me suis assise à côté de l'ayi du bureau, la femme de ménage.
Une petite bonne femme, ridée comme ma grand-mère, qui, quand elle n'arrose pas les plantes, tricote des chaussettes dans le petit sofa.
Le temps de ma cigarette, je l'ai regardé faire : une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un sourire à Dam, un coup d'œil à la montre, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, un coup d'aiguille dans la pelote, on regarde si c'est assez pour la longueur d'un pied.
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers, et on recommence, doucement, régulièrement, sans se lasser, sans s'énerver.

Je lui ai rendu ses sourires, c'était un moment anodin.
C'était une jolie madeleine de Proust, pour moi, pour mes souvenirs d'enfance. Et j'ai eu la conviction que si j'essayais de nouveau de tricoter, je n'y arriverais toujours pas. Mais que maintenant, ça ne serait pas grave.


mercredi 13 avril 2011

Worst date ever

Imaginez le pire rendez-vous de la terre. Celui qui aurait presque bien se passer correctement à quelques détails près, mais où décidément non, rien ne va. Lui enchaîne gaffe sur gaffe. Vous, vous vous demandez avec stupeur ce que vous êtes venue faire dans cette galère.

Voilà, c’est à peu près ce que j’ai vécu tout à l’heure.

  • Pourtant ça commençait bien, il m’avait prévu une surprise. Rendez-vous près d’un théâtre à 19h45. Je me retiens de regarder la programmation dudit théâtre, pour ne pas gâcher la surprise. 
+ 100 points (sur un capital à peu près nul à la base).

  • Le soir dit, je le retrouve. Qui n’avait pas pris la peine de mettre ses lentilles et donc gardait ses – affreuses – lunettes. Bon, soit. Je remarque que son récent week-end au soleil lui a fait prendre des coups de soleil. « C’est vrai que toi, t’es blanche comme de la mozzarelle ».
- 20 points.

  • Finalement au lieu du théâtre, il m’emmène vers un musée. Bon. Voir une expo. Ok. Sauf que je l’ai déjà vue la semaine dernière, et je ne peux pas m’empêcher de le lui signaler. Du coup il se demande où on pourrait aller à la place. Preuve que, à part voir cette expo – une bonne idée en soi – et rentrer chez lui faire du tricot, il n’avait pas prévu grand-chose. Why not, mais dans l’absolu prévoir de prendre un verre ou de dîner après l’expo aurait pu être intéressant.
- 10 points.

  • Il se décide finalement à m’emmener dans un restaurant japonais à quelques stations de là. Idée sympa dans l’absolu ... Sauf quand on arrive devant l’endroit. Je n’ai JAMAIS vu de restaurant plus miteux : pas d’abat-jour à certaines lampes du plafond, une mauvaise odeur qui traîne, la vaisselle mal lavée. Les plats dans le même esprit. Mais ça n’avait pas du tout l’air de le déranger.
- 30 points

  • Conversation sur ce que je suis allée faire ce week-end. Je suis allée me balader et j’ai vu une expo (encore une), sur un genre de peinture anglais que j’aime énormément. J’ai à peine le temps de donner le titre de l’expo que : « Ah, je déteste ça ! C’est vraiment nul, c’est cucul la praline, j’aime pas du tout ».
- 10 points.

  • Il préfère les chiens aux chats.
- 5 points.

  • Je porte un vernis un peu exotique dans les teintes orange. « Tiens, tu devrais essayer de mettre du jaune » (déjà, un mec qui parle de vernis c’est louche). « Oui, mais le jaune va mal aux blondes » , dis-je. Ce qui ne le décourage pas : « Ah, mais en revanche la lingerie noire ça va vachement bien aux blondes ». Ok.

  • Et puis bref, morceaux choisis :

- « Je fais quasiment pas de sport ». « Ah c’est dommage, parce que t’es très bien foutue mais quand même si tu faisais du sport tu serais mieux ». Ok.
- Me proposer de boire quelque chose d’autre que de l’eau ? Me demander si je veux un dessert ou un café ? Non, tout de même pas.
- En revanche me demander de payer ma part, ça n’a pas loupé.
- Sortie du restaurant (enfin) vers 21h. Je lui laisse encore une chance : « Bon, où est-ce qu’on va maintenant ? ». « Eh ben je crois qu’on va au métro ! ».

- 150 points.

Inconscience ? Sabotage ? La suite au prochain numéro !

Le monde est cheap et chiant

Le monde n’est plus ce qu’il était.

Scarlett et moi débattions l’autre jour d’une scène frappante de la série Mad Men : la parfaite petite famille américaine des années soixante fait un pique-nique à la campagne. Tout se passe très bien, l’après-midi est délicieuse, les enfants s’amusent. Vient le moment de partir : Mme Parfaite, dans son adorable robe à fleurs, secoue la nappe un grand coup, la plie, et tout le monde s’en va en sifflotant.

EN LAISSANT TOUS LEURS DECHETS SUR L’HERBE !! Ô scandale ! Ô stupeur ! Ô infamie !

Une scène impensable dans le credo actuel du politico-écologico-socialo-religioso-chianto-correct. Vous connaissez les fameux commandements : tu recycleras tes journaux, tu mangeras du chocolat équitable – mais parce qu’il est bon et pas pour aider les Africains, sinon tu risquerais d’être raciste, tu n’auras pas de grosse vilaine voiture polluante (d’ailleurs tu ne prendras pas la voiture), tu prendras encore moins l’avion, tu ne mangeras pas de thon rouge, tu ne pêcheras pas d’oursin, tu n’auras pas la moindre phrase déplacée qui risquerait de vexer un vieux yéti à Pétaouchnock, d’ailleurs tu ne diras pas « vieux » mais « d’âge mature », au final tu ne diras plus rien d’intéressant mais en tout cas tu seras poli.

Récemment, les couloirs du métro parisien ont été envahis par cette horreur.



Tu ne chercheras plus à être cultivé parce que ça risquerait d’oppresser le tiers état qui ne l’est pas. Tu tomberas gaiement dans la vulgarité, les présentateurs idiots, les émissions creuses et abrutissantes. Tu ne sora plue aicrir mai C pa grav (menge D fruie, lé fruie Cé trau bons).

Non mais sérieusement, pourquoi nous imposer une chose pareille ? Je suis écœurée de voir que, sous prétexte que certaines grosses comédies potaches sans la moindre finesse « plaisent au public » (et font rentrer de l’argent), elles finissent par envahir les écrans et nivellent par le bas le niveau général. Si on martèle l’esprit des gens à coups de Camping 2, de Big Mamma 3 et autres bouses, pas étonnant que les cerveaux s’habituent à ce niveau zéro de l’intellect et finissent par en redemander. C’est affligeant de voir cette décadence encouragée. Ce n’est pas parce que les gens n’ont pas les moyens d’aller tous les soirs à l’opéra que la seule alternative doit être de se planter niaisement devant Danse avec les Stars ou la Roue de la Fortune. Je ne dis pas non plus qu’aller tous les soirs à l’opéra doit être la norme (sincèrement, ça serait vite chiant tout de même). Mais j’ai tout de même la ferme impression que, en tout cas à l’époque de Mad Men, il y avait un juste milieu.

Au secours. Rendez-nous du contenu.

samedi 19 mars 2011

Mrs Nobody

Pourquoi, depuis 10 jours, je suis une potiche.

Je ne vous raconterai pas quand j'essaye de communiquer en chinois avec des Chinois, vous vous doutez que c'est un échec. Je vous parlerai d'abord de mon échec de l'anglais.

Je pense immanquablement en français. Parler une autre langue - je ne parle pas d'autre langue que l'anglais - retient de manière drastique ma pensée, et la confine à mon vocabulaire sans relief. Comment avoir de l'esprit, lorsque ce que l'on cherche à exprimer ne rentre pas dans le cadre des mots que l'on connait ? L'anglais que j'utilise est courant, pratique, mais sans modulations, sans tonalités. Sans nuances.
Or, en passant la majorité de mon temps à parler anglais, mon esprit cherche à gagner du temps, et à exprimer ses pensées directement en anglais - pour ne pas avoir à les traduire au moment de parler.
Bien sûr, ça ressemble à une intention louable. Mais cela m'empêche de penser tout ce que j'aimerais penser - faute de mots.

Voilà comment, à l'usage, au lieu d'avoir un problème de vocabulaire, j'ai un problème d'esprit. Au lieu de passer pour quelqu'un qui ne parle pas bien anglais, je passe pour une gourde.


Et puis, il y a autre chose, qui n'est pas facile à exprimer de manière juste. C'est quelque chose que je précise parce que la situation a vraiment pris des proportions étonnantes.

Je plais aux Chinois. Beaucoup. Mon visage pâle et ma petite taille doivent me faire rentrer, ici, dans la catégorie des bombes sexuelles. Tous les jours, on m'arrête dans la rue pour me dire que je suis très belle, que je suis la femme de leur vie. J'ai même vu un mec me suivre jusque devant ma porte, et trembler d'émotion en me suppliant de discuter avec lui 5 minutes. Et ça marche aussi avec les Chinoises - qui sont plus polies, heureusement. Très étonnant...


Donc, compilons mon nouveau statut d'icone des jeunes avec le fait que je n'exprime en anglais que des banalités d'un enfant de 10 ans dès que je prends la parole. En fait, depuis que je suis arrivée en Chine, je suis devenue une jolie potiche. Une putain de jolie potiche.


Plus que 5 mois à tenir.

mardi 15 mars 2011

La vie est injuste

Je suppose que ça vous est déjà arrivé, comme moi, de vous regarder un jour dans la glace, et de remarquer que vous aviez grossi. Ca arrive, de ne pas faire attention pendant quelques temps, et de prendre 3 kilos, comme ça, pour rien. C'est la tendance normale du corps, semble-t-il. Il faut juste faire hyper attention après, pour les perdre : arrêter l'alcool et le saucisson, les glaces et le coca, pendant un mois. Toujours garder un oeil sur son poids ; la base.

Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.


Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?

La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.

mercredi 9 mars 2011

La Chine, un pays de sales gosses

Je vais fêter ma première semaine à Pékin, et mon impression générale est... jouissive.

Pékin est définivitement un lieu pour les sales gosses. On y apprend à refouler tous les conseils qu'on a reçu entre 5 et 7 ans :

- Traverse au passage piéton, seulement quand le petit bonhomme est vert.
Non, clairement, non ! Se fier au bonhomme vert est un danger de mort : les voitures roulent systématiquement, feu vert ou rouge, passage piéton ou pas ; et le piéton est seulement autorisé à passer entre deux voitures qui roulent à fond. Il faut y aller au culot pour les faire ralentir, passer quand même, et se sentir tout puissant.

- Mange proprement, sans faire de bruit, tiens-toi droit.
Non, encore moins ! De toute façon, ça n'est pas possible. Le Chinois mange penché sur son bol, en suçant goûlument les nouilles, aspire la soupe avec un bruit de chasse d'eau, les coudes sur la table, en parlant et en riant tout à la fois. Certains trouveraient certainement ça dégueu ; pour moi, c'est un bonheur.


- Habille-toi avec goût.
Ah ah... non. J'aime beaucoup l'élégance française, mais l'excentricité et le kitch chinois ont une saveur particulière de liberté. Tu as toujours secrètement rêvé de porter un leggin léopard et une doudoune violette, ou encore de longs ongles dorés avec des paillettes ? Ici, c'est possible ! Ici, tout est possible ! Et au pire, si je fais n'importe quoi, on mettra ça sur le compte de mon "européanisme". C'est parfait.

Ajoutez à ça : pouvoir fumer dans les hôtels, restaus, bureaux, pouvoir cracher par terre, pouvoir se pinter la tête à 18h... la Chine est définitivement un pays de sales gosses, et c'est jouissif.

Merci, mais non merci


La majorité des gens sont surpris, choqués, incrédules, voire moqueurs quand je leur dis ne pas vouloir d’enfants. « Tu es jeune, tu changeras d’avis ». « Les enfants c’est la vie, tu n’as pas le choix, c’est comme ça », et autres phrases à la con. C’est excessivement agaçant. Mais il est également très difficile d’expliquer aux gens pourquoi.

Il y a tellement de raisons qui motivent mon non choix ! Certaines sont très bonnes, d’autres absolument scandaleuses, mais toutes ensemble, imbriquées les unes aux autres, forment la solide certitude que mon bonheur et mon projet de vie ne passent pas par la maternité. Essayons de les lister.

Je vais commencer par évacuer les raisons scandaleuses et pas vraiment recevables, mais qui contribuent néanmoins à me rendre l’idée d’avoir des enfants insupportable. Déjà, il y a l’aspect physique des choses. Une grossesse et un accouchement, quoi qu’on en dise, c’est un cataclysme pour le corps. On ne me fera pas croire que mon bide peut se distendre de 10 fois sa surface de base et redevenir ensuite plat comme avant, comme si de rien était. On ne me fera pas croire que telle crème m’évitera les vergetures ; menteries et fariboles, il n’y a rien à faire contre ces horreurs ! On ne me fera pas croire qu’un truc de 50 cm de périmètre crânien peut passer par ma chatte sans tout défoncer sur son passage. Ajoutez à cela les seins qui tombent, l’épisiotomie, les kilos post grossesse relous à perdre, et vous m’avez déjà perdue en route. C’est horrible de ne penser qu’à son corps au lieu de le sacrifier sur l’autel du miracle de la vie ? Peut-être, mais mon corps, c’est la seule chose qui m’accompagnera toute mon existence, c’est mon véhicule en ce bas monde, ce qui relie mon cœur/mon âme/mon esprit (coucou Dam) au reste, et me permet de profiter de la vie, tout simplement. Il m’est précieux et j’ai envie d’en prendre soin. Allez-y, soyez scandalisés.

Mais ce n’est pas que la grossesse/l’accouchement qui me font horreur. Si à la rigueur le jeu en valait la chandelle, why not après tout ? Mais là, je ne vois pas de truc plus atroce que d’avoir à s’occuper d’un enfant. Bébé, ça hurle, ça chie, ça vomit, ça bouffe. Pretty much it. Il parait que parfois ca dort, des études sont en cours pour essayer de le prouver. Enfant, ça joue à qui fera la plus grosse connerie, ça pose tout un tas de questions chiantes, ça pleure encore, ça requiert une dose d’attention et d’énergie inimaginable. Quelques semaines en tant qu’animatrice en colo ont suffit à me le faire comprendre. Ado, ça fait des conneries encore plus grosses qu’avant, ça dit fuck à la laïfe en général et à ses parents en particulier, bonjour la gratitude. Adulte, ça te fout enfin la paix, mais toi tu es vieux donc c’est trop tard. Bref, quand tu as des enfants, tu peux mettre ta vie à toi entre parenthèses. Pendant au moins 20 ans. Je trouve ça triste.

Voilà. Ça c’était les raisons scandaleuses. Je sais bien qu’elles le sont, et j’ai commencé par les évacuer sur un ton volontairement provoc’ pour évoquer ensuite des raisons plus profondes, qui sont pour moi LA barrière au fait de se reproduire.

Faire un enfant, c’est sans doute merveilleux. L’amour filial inconditionnel, la relation unique entre parents et enfants, j’y crois à 2000% : j’aime mes parents plus que moi-même. Mais c’est aussi l’engagement le plus parfait et total qu’un être humain puisse prendre durant sa vie, ce qui pour moi est la chose la plus terrifiante du monde. Imagine, tu fais un enfant.

Pendant tout le reste de ta vie, pas une minute ne passera sans que tu ne penses à lui. Quand il ne sera pas avec toi, le doute et la peur te rongeront. Où est-il ? Que fait-il ? Est-ce qu’il ne risque rien ? Et la plupart du temps la réponse sera : si, il risque quelque chose. L’inquiétude perpétuelle, voila ce qui pour moi représente le fait d’être parent. Et ça me fait peur, je ne veux pas.

Et puis je suis qui, moi, pour décider de me reproduire ? Je suis qui pour décréter que je peux avoir un enfant, et que je serai a la hauteur pour lui permettre de devenir quelqu’un d’heureux et d’épanoui ? Ça aussi, ça me terrifie : avoir un enfant, dans l’idée que je m’en fais, c’est faire passer avant son propre bonheur le bonheur d’une autre personne, alors même qu’on ne peut jamais vraiment en avoir le contrôle. Je préfère mener ma propre vie, relever mes propres défis, me battre avec mes propres démons. Je n’aurai ni le temps, ni la force, ni le courage de me consacrer à construire une autre personne que moi-même. Oui, c’est de l’égoïsme. Tout comme est égoïste le choix de faire des enfants sans réfléchir a ces questions, juste parce qu’on souhaitait un soi-même en plus petit, juste parce qu’on « en a toujours voulu », juste parce que l’image idéale que l’on se fait de sa vie implique la reproduction. Et ce n’est pas grave.

Je changerai peut-être d’avis. Ou peut-être pas. Ça fait quand même plusieurs années que je rumine ce sujet dans ma petite caboche, et tout ce qui en ressort, c’est une certitude de plus en plus affirmée.

Et ca, les amis, j’ai comme l’impression que ca va me poser des problèmes dans ma vie sentimentale…