mercredi 25 août 2010
Avoir envie d’écrire
J’ai un peu changé de style, depuis – enfin j’espère. Mais il y a une chose qui demeure depuis tout ce temps : j’adore écrire. J’adore inventer des histoires, créer des personnages, les installer dans des décors de fou. Plus que tout, j’adore ces nuits passées sur mon clavier à sentir l’inspiration venir tellement vite que les idées se bousculent dans ma tête et que mes doigts (pourtant bien entraînés) n’arrivent pas à suivre pour taper tout ça assez vite. Un des sentiments les plus exaltants que je connaisse ! On en sort épuisée, ravie, fière et étonnée que ça soit arrivé. On rejette un œil à toutes ces notes un peu plus tard, et on s’émerveille que ces idées trop chouettes aient daigné passer par notre cerveau.
Autre chose : vous l’avez peut-être remarqué même dans les articles que j’écris ici, mais je n’arrive jamais vraiment à y dire quelque chose. À faire passer un message précis. En revanche, j’adore parler d’un sujet pendant des kilomètres de lignes. Les messages me laissent parfois de marbre, mais les mots ... Les mots sont merveilleux, de vrais bonbons pour une plume. Il y en a pour lesquels j’ai une affection toute particulière : alcôve, par exemple (et beaucoup de mots avec un accent circonflexe, d’ailleurs). Il faut le déguster, le faire durer, le prononcer en imaginant ce petit nid de soie et de taffetas rose ou bleu pâle blotti au creux d’un mur, avec une belle alanguie entre les draps. Alcôve. Ou encore cramoisi, ce mot auquel je ne peux pas penser sans avoir la sensation d’écraser une poignée de framboises. Et puis aussi circonvolutions, qui donne envie de faire du toboggan entre toutes ses courbes. Des mots magiques, je vous dis.
D’où mon adoration pour les histoires qui parlent des lueurs chatoyantes des lustres ou autres joyeusetés, et mon exécration pour tous les véhicules, les attestations, les délais d’ajournement ou je ne sais quoi de ministériel ou de républicain. Franchement, beurk.
Dans le prochain numéro : chanter, c’est toute ma vie.
lundi 16 août 2010
A la dérive
Mais il n’y a plus assez de lumière. Avant on s’éclatait jusque sous la pluie, maintenant on s’ennuie en plein soleil. Les joies sont trop rares, trop brèves, ou pas assez intenses. Ou peut-être qu’elles sont si belles que tout paraît soudain terne en comparaison. De toute façon, tout va trop vite et tout se succède dans un enchaînement vertigineux que je n’arrive plus à ordonner. Tout dérive pêle-mêle dans des torrents de larmes et des éclats de rire. À un moment, j’entends une musique parfaite ou je lis quelques lignes exquises ; une minute plus tard, je lève les yeux pour retrouver ce ciel d’août qui se croit en octobre, ce « ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle », et tout redevient écœurant de déprime. Envolé, le plaisir furtif de l’instant précédent. Oublié.
C’est assommant de ne plus réussir à voir le bon côté des choses, en tout cas plus assez.
Mais d’une certaine manière, ça apprend à profiter infiniment plus de ces moments si précieux où tout va bien tant qu’ils durent, puisqu’ensuite ils ne seront que de lointains souvenirs. Ou pire, une excuse de plus pour se vautrer dans la nostalgie du passé.
Reste à savoir si ma santé mentale va tenir le coup encore longtemps.
vendredi 13 août 2010
Re-création
Ô comme cette phrase me donne envie de hurler...
Avant tout, difficile d'expliquer l'horreur que m'inspire l'idée de la nature binaire et des gens rangés dans des boîtes. Ici les hommes, bien masculins ; et là, les femmes bien jolies et élégantes ? Plutôt mourir. Je n'aime rien tant que les êtres complexes, inclassables, et dérangeants. Et par-dessus tout, les êtres androgynes, avec ce supplément fabuleux de mystère sexuel.
Et puis, surtout, cette idée folle de répondre à sa nature. C'est résolument déprimant.
Je ne peux pas me passer de l'idée de pouvoir se construire. Je veux pouvoir me faire, telle que je me vois, telle que je me ressens, telle que je veux être. L'existence avant l'essence, comme disait l'autre ; moi, je crache sur ma nature.
Il y a quinze ans, j'étais peureuse, solitaire, complexée, inexistante. Mes seuls souvenirs du CP sont d'avoir marché seule autour du poteau pendant toute la récré, toute l'année, et qu'un jour, un grand du CE2 m'avait mis du poil à gratter dans le cou. Qui a réellement envie de répondre à cette nature-là?
J'ai craché. J'ai décidé d'être celle qui mettrait du poil à gratter dans le cou du monde entier. Etude. Vie sociale. Paillettes, chapeaux et pochettes.
Maitriser son physique est encore plus enivrant.
Rouge à lèvre. Talons hauts. Cheveux courts. Bouclés. Lisses. Blonds, roux, bruns. Extensions. Lentilles de couleurs. UV. Piercings. Tatouages. Chirurgie esthétique. Se transformer. Se construire. (Relisez le tatouage de Shaolin)
Pourquoi, nom d'une pipe, pourquoi s'en priver ?
Ecrire ou avoir écrit
lundi 9 août 2010
Du sang et de l'encre
Au chapitre des expériences inédites parmi notre bunch de filles : le tatouage.
Ça fait bien depuis mes 18 ans que j'y pense et que je m'autorestreins, en songeant à ce que donnera le motif une fois la peau vieillie par l'âge, le soleil, les grossesses et autres joies de la vie passés 40 ans. Et puis crac, il y a quelques mois, ayant pris conscience de notre finitude et du caractère accessoire - et donc customisable - de notre enveloppe corporelle, j'ai pris rendez-vous pour le grand saut.
Nous tairons motif et localisation pour plus de confidentialité. Imaginez juste une surface d'environ 30 x 10 cm, sur une partie du corps assez sensible.
D'abord le tatoueur met en confiance, on rit, on prend un ultime verre d'eau. Puis, pour se mettre dans le bain, on enlève tous ses vêtements (et là, on retrouve l'agréable sentiment de sécurité connu lors de la première visite chez le gynéco). On parle motif. Je décris ce que je veux, en évoquant une possible tolérance de 20% par rapport à mon idée de départ.
Il dessine, au feutre. Rien à voir avec ma demande : le motif reste assez similaire, mais il a changé d'emplacement et surtout de dimensions : deux fois plus large que ce que j'imaginais ! J'en viens à me dire que les tatoueurs sont comme les coiffeurs : ils te travaillent toujours plus que ce que tu as demandé initialement. Mais c'est beau. C'est nettement plus beau que mon idée de départ… Alors go.
Le tatoueur va farfouiller dans son armoire. Ayant perçu la crainte au fond de mes yeux, il prend une aiguille pas trop large (seulement onze aiguillons qui vrillent dedans...) et prépare le matériel. Pendant ce temps - toujours nue comme un ver - je repense à tous les "tu verras, ça ne fait pas si mal" que j'ai reçus pour m'encourager, et auxquels j'ai fini par croire.
Le premier contact leur donne raison. Effectivement, ce n'est pas une douleur aiguë, quelque chose de pénétrant. C'est plutôt une version un peu plus douloureuse de chatouille. On ne sent pas précisément une aiguille, juste un outil qui gratte, ça pique un peu, mais rien d'horrible sauf par endroits. Et puis, ça ne saigne pas - pas encore…
Première pause au bout d'une demi-heure. Je regarde : à mon grand désespoir, ça n'était que le brouillon. Des traits tout fins, ils ne se verraient même pas s'il n'y avait pas les gonflements de la peau incisée en dessous.
L'heure suivante est tout autre : là, on attaque le motif, avec ses traits de 1 à 4 mm de large. L'horreur sur terre. Déjà, l'aiguille s'enfonce beaucoup plus profondément sous la peau, et puis on la sent y rester, s'y déplacer, fraiser la peau comme la roulette d'un dentiste. Je contracte successivement cuisses, fesses, abdos, selon l'endroit en train de se faire usiner. On change d'ailleurs dix fois de position (dont une très weird, cuisses écartées autour de son torse), mais rien n'y fait.
Seconde pause, j'ai mal aux bras à force de me cramponner au siège. Il sort, je regarde : la zone est rouge, mais assez propre puisqu'il vient de la nettoyer. Et au bout d'une minute, des gouttelettes perlent le long des traits : rouge… puis noir. Mon sang se mêle à l'encre, un peu partout des petits lacs se forment. C'est abject et fascinant à la fois.
Dernière ligne droite : la même en pire, puisqu'il s'agit de repasser sur des zones déjà tatouées, donc de rouvrir des plaies. Je ne regarde plus rien à part la pendule, sur certains endroits, j'ai tellement mal que je tremble. Il a dû entendre mes gémissements intérieurs parce que ça ne dure qu'une demi-heure, à l'issue de laquelle je ressors en boitillant vers le métro, emballée dans du plastique comme une victime de Dexter.
Et si douloureux soit-il, le tatouage (encore plus que les piercings), c'est pire que la cocaïne : première prise et on veut déjà recommencer.
jeudi 5 août 2010
Foutu Permis
Morceaux choisis de l’épreuve (passée, donc, il y a une heure et demie) :
Tiens, on est sur la N118.
Je souris. L’examinatrice doit commencer à se poser des questions.
« Mademoiselle, on va prendre la sortie Vauhallan. » Mais pourquoi est-ce que cette blonde continue à se marrer comme ça ?
« Ah, c’est la prochaine sortie, c’est ça ? »
« Oui, mais ça vous empêche pas de regarder autour de vous à l’intersection. » Et elle continue à sourire, mais qu’est-ce qu’on m’a fichu comme demeurée ?
« Vous savez, une fois j’étais sur cette route en voiture avec des amis, tout était gelé, la voiture a fait des tête-à-queue et on a fini dans les champs.
Ah bah si elle a eu des modèles pareils, ça explique beaucoup de chose ! En tout cas elle doit avoir vécu un sacré traumatisme sur cette route parce que ...
« Mademoiselle ! Vous avez dépassé l’intersection ! Dépêchez-vous de faire une marche arrière, parce que vous êtes en plein milieu de la route et vous bloquez tout le monde !
Mais arrêtez-vous, là, vous voyez bien que des gens arrivent en face et qu’ils ont la priorité !
Mais décalez-vous, mademoiselle, vous allez rentrer dans la voiture stationnée à droite !
Mais pourquoi est-ce que vous partez à gauche ? Je viens de vous dire que la route était à double sens de circulation !
Bon, il faut adapter votre vitesse, là, vous allez beaucoup trop lentement, vous gênez les autres ! »
Une bonne cinquantaine d’heures (et je ne sais même pas combien d’euros) pour en arriver là ...
Soit, comme le prétend ma prof (qui a dû faire un doctorat en psychologie tellement elle avait l’air sûre d’elle là-dessus), j’ai vécu un traumatisme terrible dans mon enfance et je fais un blocage insurmontable qui m’empêchera à jamais d’être un minimum capable de tenir un volant.
Soit le système de ces profs à deux balles qui se font payer une fortune pour nous ruiner (le moral) a un petit défaut quelque part.
En tout cas, c’est reparti pour un tour. Foutu permis.
mardi 3 août 2010
Mon nouveau cobureau
Car depuis un mois, disons-le, je fumiste un peu. Le travail se faisant rare, les collaborateurs partant en congés les uns après les autres, je me plais moi aussi à vivre un ersatz de vacances : je n'ai jamais bu autant de cafés - apport d'ailleurs inversement proportionnel à mes besoins énergétiques - au lounge du dernier étage, la moindre petite pensée inutile part en recherche Google, les pauses Facebook se sont rallongées jusqu'à atteindre une fréquence déraisonnable.
Et voilà que l'équilibre quasi feng shui de mon bureau est en passe d'être bouleversé par l'arrivée du sinistre COSTAGIAIRE. Adieu siestes inopinées du coup de barre de 15h, adieu retrait d'escarpins sitôt mis les pieds sous la table, coups de fil persos, chat Facebook en toute impunité ! From now, Big Brother is watching you.
Les angoisses arrivent en cascade : mais si c'est un énième snob en cravate ? S'il est misogyne et perso ? Ou complètement beauf ? Hypocrite ? Difforme ? Roux ? Pire : s'il n'aime pas la clim ?
Après avoir checké son profil sur un réseau social désormais allergène, le portrait se dresse inéluctablement : au secours, le profil parfait, un Sciences Po déjà dégrossi actuellement à l'Ecole du Barreau ; il va phagocyter tout mon travail. Le PacMan de la recherche juridique. Et il n'est même pas moche.
* * *
Lundi matin, 10 heures. Pas là. 11 heures, toujours pas là. Mais merde, non content de venir perturber mon équilibre vital, il est déjà en retard dans sa tâche ? Ah, des pas dans le couloir… Ça y est, il est là. (Vite, remettons notre mèche et rouvrons la fenêtre Dalloz.fr)
Et qui l'eût cru, il n'est pas ce macho pédant, vil et égoïste que j'avais imaginé. C'est un mec comme vous et moi qui parle d'apporter des binches pour l'apéro-bureau, qui espère finir sa journée à 19 heures, et qui essaie déjà de savoir qui couche avec qui au sein du cabinet. Qui parle de vacances autant que de boulot. Et qui n'est toujours pas moche.