mardi 3 août 2010

Mon nouveau cobureau

La semaine dernière, j'apprends en errant sur l'intranet l'arrivée d'un nouveau stagiaire dans mon bureau. MON bureau. Horreur. Depuis un mois, je fais ma vie toute seule dans cet îlot de tranquillité à deux tables, assez proche du reste de l'équipe pour avoir le sentiment d'exister mais assez éloigné pour ne pas sentir le poids culpabilisant du regard social.

Car depuis un mois, disons-le, je fumiste un peu. Le travail se faisant rare, les collaborateurs partant en congés les uns après les autres, je me plais moi aussi à vivre un ersatz de vacances : je n'ai jamais bu autant de cafés - apport d'ailleurs inversement proportionnel à mes besoins énergétiques - au lounge du dernier étage, la moindre petite pensée inutile part en recherche Google, les pauses Facebook se sont rallongées jusqu'à atteindre une fréquence déraisonnable.

Et voilà que l'équilibre quasi feng shui de mon bureau est en passe d'être bouleversé par l'arrivée du sinistre COSTAGIAIRE. Adieu siestes inopinées du coup de barre de 15h, adieu retrait d'escarpins sitôt mis les pieds sous la table, coups de fil persos, chat Facebook en toute impunité ! From now, Big Brother is watching you.

Les angoisses arrivent en cascade : mais si c'est un énième snob en cravate ? S'il est misogyne et perso ? Ou complètement beauf ? Hypocrite ? Difforme ? Roux ? Pire : s'il n'aime pas la clim ?
Après avoir checké son profil sur un réseau social désormais allergène, le portrait se dresse inéluctablement : au secours, le profil parfait, un Sciences Po déjà dégrossi actuellement à l'Ecole du Barreau ; il va phagocyter tout mon travail. Le PacMan de la recherche juridique. Et il n'est même pas moche.

* * *

Lundi matin, 10 heures. Pas là. 11 heures, toujours pas là. Mais merde, non content de venir perturber mon équilibre vital, il est déjà en retard dans sa tâche ? Ah, des pas dans le couloir… Ça y est, il est là. (Vite, remettons notre mèche et rouvrons la fenêtre Dalloz.fr)

Et qui l'eût cru, il n'est pas ce macho pédant, vil et égoïste que j'avais imaginé. C'est un mec comme vous et moi qui parle d'apporter des binches pour l'apéro-bureau, qui espère finir sa journée à 19 heures, et qui essaie déjà de savoir qui couche avec qui au sein du cabinet. Qui parle de vacances autant que de boulot. Et qui n'est toujours pas moche.

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