samedi 19 mars 2011

Mrs Nobody

Pourquoi, depuis 10 jours, je suis une potiche.

Je ne vous raconterai pas quand j'essaye de communiquer en chinois avec des Chinois, vous vous doutez que c'est un échec. Je vous parlerai d'abord de mon échec de l'anglais.

Je pense immanquablement en français. Parler une autre langue - je ne parle pas d'autre langue que l'anglais - retient de manière drastique ma pensée, et la confine à mon vocabulaire sans relief. Comment avoir de l'esprit, lorsque ce que l'on cherche à exprimer ne rentre pas dans le cadre des mots que l'on connait ? L'anglais que j'utilise est courant, pratique, mais sans modulations, sans tonalités. Sans nuances.
Or, en passant la majorité de mon temps à parler anglais, mon esprit cherche à gagner du temps, et à exprimer ses pensées directement en anglais - pour ne pas avoir à les traduire au moment de parler.
Bien sûr, ça ressemble à une intention louable. Mais cela m'empêche de penser tout ce que j'aimerais penser - faute de mots.

Voilà comment, à l'usage, au lieu d'avoir un problème de vocabulaire, j'ai un problème d'esprit. Au lieu de passer pour quelqu'un qui ne parle pas bien anglais, je passe pour une gourde.


Et puis, il y a autre chose, qui n'est pas facile à exprimer de manière juste. C'est quelque chose que je précise parce que la situation a vraiment pris des proportions étonnantes.

Je plais aux Chinois. Beaucoup. Mon visage pâle et ma petite taille doivent me faire rentrer, ici, dans la catégorie des bombes sexuelles. Tous les jours, on m'arrête dans la rue pour me dire que je suis très belle, que je suis la femme de leur vie. J'ai même vu un mec me suivre jusque devant ma porte, et trembler d'émotion en me suppliant de discuter avec lui 5 minutes. Et ça marche aussi avec les Chinoises - qui sont plus polies, heureusement. Très étonnant...


Donc, compilons mon nouveau statut d'icone des jeunes avec le fait que je n'exprime en anglais que des banalités d'un enfant de 10 ans dès que je prends la parole. En fait, depuis que je suis arrivée en Chine, je suis devenue une jolie potiche. Une putain de jolie potiche.


Plus que 5 mois à tenir.

mardi 15 mars 2011

La vie est injuste

Je suppose que ça vous est déjà arrivé, comme moi, de vous regarder un jour dans la glace, et de remarquer que vous aviez grossi. Ca arrive, de ne pas faire attention pendant quelques temps, et de prendre 3 kilos, comme ça, pour rien. C'est la tendance normale du corps, semble-t-il. Il faut juste faire hyper attention après, pour les perdre : arrêter l'alcool et le saucisson, les glaces et le coca, pendant un mois. Toujours garder un oeil sur son poids ; la base.

Et bien, ce matin, je n'avais pas fait attention depuis quelques temps, je me suis regardée dans la glace. J'avais maigri. Pas un peu minci. Vraiment beaucoup maigri.


Comme un enfant à qui l'on offre des bonbons alors qu'il a été méchant, un chien que 'on carresse et que l'on frappe en même temps, l'angoisse m'a prise à la gorge : Pourquoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit de logique là-dedans ?
Pourquoi dois-je maigrir quand j'ai fait n'importe quoi avec ma bouffe ?
Pourquoi dois-je maigrir quand je n'en ai pas du tout fait l'effort ?
D'où vient cette récompense imméritée ?
Pourquoi cette avalanche de bonheur quand je n'avais rien demandé ?
Quelle punition m'attend en revanche ?
Dieu est-il en train de jouer aux dés avec les plaques sismiques ?

La tête me tourne, je vacille. La perplexité, la terreur devant l'absurdité de la vie. Bien sûr, en y pensant, je sais pourquoi j'ai perdu du poids. Mais, non, la vie n'a pas de sens. La vie est injuste.

mercredi 9 mars 2011

La Chine, un pays de sales gosses

Je vais fêter ma première semaine à Pékin, et mon impression générale est... jouissive.

Pékin est définivitement un lieu pour les sales gosses. On y apprend à refouler tous les conseils qu'on a reçu entre 5 et 7 ans :

- Traverse au passage piéton, seulement quand le petit bonhomme est vert.
Non, clairement, non ! Se fier au bonhomme vert est un danger de mort : les voitures roulent systématiquement, feu vert ou rouge, passage piéton ou pas ; et le piéton est seulement autorisé à passer entre deux voitures qui roulent à fond. Il faut y aller au culot pour les faire ralentir, passer quand même, et se sentir tout puissant.

- Mange proprement, sans faire de bruit, tiens-toi droit.
Non, encore moins ! De toute façon, ça n'est pas possible. Le Chinois mange penché sur son bol, en suçant goûlument les nouilles, aspire la soupe avec un bruit de chasse d'eau, les coudes sur la table, en parlant et en riant tout à la fois. Certains trouveraient certainement ça dégueu ; pour moi, c'est un bonheur.


- Habille-toi avec goût.
Ah ah... non. J'aime beaucoup l'élégance française, mais l'excentricité et le kitch chinois ont une saveur particulière de liberté. Tu as toujours secrètement rêvé de porter un leggin léopard et une doudoune violette, ou encore de longs ongles dorés avec des paillettes ? Ici, c'est possible ! Ici, tout est possible ! Et au pire, si je fais n'importe quoi, on mettra ça sur le compte de mon "européanisme". C'est parfait.

Ajoutez à ça : pouvoir fumer dans les hôtels, restaus, bureaux, pouvoir cracher par terre, pouvoir se pinter la tête à 18h... la Chine est définitivement un pays de sales gosses, et c'est jouissif.

Merci, mais non merci


La majorité des gens sont surpris, choqués, incrédules, voire moqueurs quand je leur dis ne pas vouloir d’enfants. « Tu es jeune, tu changeras d’avis ». « Les enfants c’est la vie, tu n’as pas le choix, c’est comme ça », et autres phrases à la con. C’est excessivement agaçant. Mais il est également très difficile d’expliquer aux gens pourquoi.

Il y a tellement de raisons qui motivent mon non choix ! Certaines sont très bonnes, d’autres absolument scandaleuses, mais toutes ensemble, imbriquées les unes aux autres, forment la solide certitude que mon bonheur et mon projet de vie ne passent pas par la maternité. Essayons de les lister.

Je vais commencer par évacuer les raisons scandaleuses et pas vraiment recevables, mais qui contribuent néanmoins à me rendre l’idée d’avoir des enfants insupportable. Déjà, il y a l’aspect physique des choses. Une grossesse et un accouchement, quoi qu’on en dise, c’est un cataclysme pour le corps. On ne me fera pas croire que mon bide peut se distendre de 10 fois sa surface de base et redevenir ensuite plat comme avant, comme si de rien était. On ne me fera pas croire que telle crème m’évitera les vergetures ; menteries et fariboles, il n’y a rien à faire contre ces horreurs ! On ne me fera pas croire qu’un truc de 50 cm de périmètre crânien peut passer par ma chatte sans tout défoncer sur son passage. Ajoutez à cela les seins qui tombent, l’épisiotomie, les kilos post grossesse relous à perdre, et vous m’avez déjà perdue en route. C’est horrible de ne penser qu’à son corps au lieu de le sacrifier sur l’autel du miracle de la vie ? Peut-être, mais mon corps, c’est la seule chose qui m’accompagnera toute mon existence, c’est mon véhicule en ce bas monde, ce qui relie mon cœur/mon âme/mon esprit (coucou Dam) au reste, et me permet de profiter de la vie, tout simplement. Il m’est précieux et j’ai envie d’en prendre soin. Allez-y, soyez scandalisés.

Mais ce n’est pas que la grossesse/l’accouchement qui me font horreur. Si à la rigueur le jeu en valait la chandelle, why not après tout ? Mais là, je ne vois pas de truc plus atroce que d’avoir à s’occuper d’un enfant. Bébé, ça hurle, ça chie, ça vomit, ça bouffe. Pretty much it. Il parait que parfois ca dort, des études sont en cours pour essayer de le prouver. Enfant, ça joue à qui fera la plus grosse connerie, ça pose tout un tas de questions chiantes, ça pleure encore, ça requiert une dose d’attention et d’énergie inimaginable. Quelques semaines en tant qu’animatrice en colo ont suffit à me le faire comprendre. Ado, ça fait des conneries encore plus grosses qu’avant, ça dit fuck à la laïfe en général et à ses parents en particulier, bonjour la gratitude. Adulte, ça te fout enfin la paix, mais toi tu es vieux donc c’est trop tard. Bref, quand tu as des enfants, tu peux mettre ta vie à toi entre parenthèses. Pendant au moins 20 ans. Je trouve ça triste.

Voilà. Ça c’était les raisons scandaleuses. Je sais bien qu’elles le sont, et j’ai commencé par les évacuer sur un ton volontairement provoc’ pour évoquer ensuite des raisons plus profondes, qui sont pour moi LA barrière au fait de se reproduire.

Faire un enfant, c’est sans doute merveilleux. L’amour filial inconditionnel, la relation unique entre parents et enfants, j’y crois à 2000% : j’aime mes parents plus que moi-même. Mais c’est aussi l’engagement le plus parfait et total qu’un être humain puisse prendre durant sa vie, ce qui pour moi est la chose la plus terrifiante du monde. Imagine, tu fais un enfant.

Pendant tout le reste de ta vie, pas une minute ne passera sans que tu ne penses à lui. Quand il ne sera pas avec toi, le doute et la peur te rongeront. Où est-il ? Que fait-il ? Est-ce qu’il ne risque rien ? Et la plupart du temps la réponse sera : si, il risque quelque chose. L’inquiétude perpétuelle, voila ce qui pour moi représente le fait d’être parent. Et ça me fait peur, je ne veux pas.

Et puis je suis qui, moi, pour décider de me reproduire ? Je suis qui pour décréter que je peux avoir un enfant, et que je serai a la hauteur pour lui permettre de devenir quelqu’un d’heureux et d’épanoui ? Ça aussi, ça me terrifie : avoir un enfant, dans l’idée que je m’en fais, c’est faire passer avant son propre bonheur le bonheur d’une autre personne, alors même qu’on ne peut jamais vraiment en avoir le contrôle. Je préfère mener ma propre vie, relever mes propres défis, me battre avec mes propres démons. Je n’aurai ni le temps, ni la force, ni le courage de me consacrer à construire une autre personne que moi-même. Oui, c’est de l’égoïsme. Tout comme est égoïste le choix de faire des enfants sans réfléchir a ces questions, juste parce qu’on souhaitait un soi-même en plus petit, juste parce qu’on « en a toujours voulu », juste parce que l’image idéale que l’on se fait de sa vie implique la reproduction. Et ce n’est pas grave.

Je changerai peut-être d’avis. Ou peut-être pas. Ça fait quand même plusieurs années que je rumine ce sujet dans ma petite caboche, et tout ce qui en ressort, c’est une certitude de plus en plus affirmée.

Et ca, les amis, j’ai comme l’impression que ca va me poser des problèmes dans ma vie sentimentale…