
La majorité des gens sont surpris, choqués, incrédules, voire moqueurs quand je leur dis ne pas vouloir d’enfants. « Tu es jeune, tu changeras d’avis ». « Les enfants c’est la vie, tu n’as pas le choix, c’est comme ça », et autres phrases à la con. C’est excessivement agaçant. Mais il est également très difficile d’expliquer aux gens pourquoi.
Il y a tellement de raisons qui motivent mon non choix ! Certaines sont très bonnes, d’autres absolument scandaleuses, mais toutes ensemble, imbriquées les unes aux autres, forment la solide certitude que mon bonheur et mon projet de vie ne passent pas par la maternité. Essayons de les lister.
Je vais commencer par évacuer les raisons scandaleuses et pas vraiment recevables, mais qui contribuent néanmoins à me rendre l’idée d’avoir des enfants insupportable. Déjà, il y a l’aspect physique des choses. Une grossesse et un accouchement, quoi qu’on en dise, c’est un cataclysme pour le corps. On ne me fera pas croire que mon bide peut se distendre de 10 fois sa surface de base et redevenir ensuite plat comme avant, comme si de rien était. On ne me fera pas croire que telle crème m’évitera les vergetures ; menteries et fariboles, il n’y a rien à faire contre ces horreurs ! On ne me fera pas croire qu’un truc de 50 cm de périmètre crânien peut passer par ma chatte sans tout défoncer sur son passage. Ajoutez à cela les seins qui tombent, l’épisiotomie, les kilos post grossesse relous à perdre, et vous m’avez déjà perdue en route. C’est horrible de ne penser qu’à son corps au lieu de le sacrifier sur l’autel du miracle de la vie ? Peut-être, mais mon corps, c’est la seule chose qui m’accompagnera toute mon existence, c’est mon véhicule en ce bas monde, ce qui relie mon cœur/mon âme/mon esprit (coucou Dam) au reste, et me permet de profiter de la vie, tout simplement. Il m’est précieux et j’ai envie d’en prendre soin. Allez-y, soyez scandalisés.
Mais ce n’est pas que la grossesse/l’accouchement qui me font horreur. Si à la rigueur le jeu en valait la chandelle, why not après tout ? Mais là, je ne vois pas de truc plus atroce que d’avoir à s’occuper d’un enfant. Bébé, ça hurle, ça chie, ça vomit, ça bouffe. Pretty much it. Il parait que parfois ca dort, des études sont en cours pour essayer de le prouver. Enfant, ça joue à qui fera la plus grosse connerie, ça pose tout un tas de questions chiantes, ça pleure encore, ça requiert une dose d’attention et d’énergie inimaginable. Quelques semaines en tant qu’animatrice en colo ont suffit à me le faire comprendre. Ado, ça fait des conneries encore plus grosses qu’avant, ça dit fuck à la laïfe en général et à ses parents en particulier, bonjour la gratitude. Adulte, ça te fout enfin la paix, mais toi tu es vieux donc c’est trop tard. Bref, quand tu as des enfants, tu peux mettre ta vie à toi entre parenthèses. Pendant au moins 20 ans. Je trouve ça triste.
Voilà. Ça c’était les raisons scandaleuses. Je sais bien qu’elles le sont, et j’ai commencé par les évacuer sur un ton volontairement provoc’ pour évoquer ensuite des raisons plus profondes, qui sont pour moi LA barrière au fait de se reproduire.
Faire un enfant, c’est sans doute merveilleux. L’amour filial inconditionnel, la relation unique entre parents et enfants, j’y crois à 2000% : j’aime mes parents plus que moi-même. Mais c’est aussi l’engagement le plus parfait et total qu’un être humain puisse prendre durant sa vie, ce qui pour moi est la chose la plus terrifiante du monde. Imagine, tu fais un enfant.
Pendant tout le reste de ta vie, pas une minute ne passera sans que tu ne penses à lui. Quand il ne sera pas avec toi, le doute et la peur te rongeront. Où est-il ? Que fait-il ? Est-ce qu’il ne risque rien ? Et la plupart du temps la réponse sera : si, il risque quelque chose. L’inquiétude perpétuelle, voila ce qui pour moi représente le fait d’être parent. Et ça me fait peur, je ne veux pas.
Et puis je suis qui, moi, pour décider de me reproduire ? Je suis qui pour décréter que je peux avoir un enfant, et que je serai a la hauteur pour lui permettre de devenir quelqu’un d’heureux et d’épanoui ? Ça aussi, ça me terrifie : avoir un enfant, dans l’idée que je m’en fais, c’est faire passer avant son propre bonheur le bonheur d’une autre personne, alors même qu’on ne peut jamais vraiment en avoir le contrôle. Je préfère mener ma propre vie, relever mes propres défis, me battre avec mes propres démons. Je n’aurai ni le temps, ni la force, ni le courage de me consacrer à construire une autre personne que moi-même. Oui, c’est de l’égoïsme. Tout comme est égoïste le choix de faire des enfants sans réfléchir a ces questions, juste parce qu’on souhaitait un soi-même en plus petit, juste parce qu’on « en a toujours voulu », juste parce que l’image idéale que l’on se fait de sa vie implique la reproduction. Et ce n’est pas grave.
Je changerai peut-être d’avis. Ou peut-être pas. Ça fait quand même plusieurs années que je rumine ce sujet dans ma petite caboche, et tout ce qui en ressort, c’est une certitude de plus en plus affirmée.
Et ca, les amis, j’ai comme l’impression que ca va me poser des problèmes dans ma vie sentimentale…
Lu sur Girls&Geeks :
RépondreSupprimer"Les enfants sont bêtes, c’est une évidence, sinon ils n’auraient pas autant de mal à parler et écrire correctement".
Merci Titiou.