mercredi 28 septembre 2011

Sensualité à l'état pur

Bonjour à tous! Bienvenue au musée de Scarlett...

Comme promis, et sans plus attendre, voici le tableau de la semaine! Si vous avez lu attentivement mon billet de mardi dernier, vous saurez d'où me vient l'envie de vous présenter cette oeuvre...

Van Dongen, Anita, 1907 (130 x 81 cm)
Collection particulière

Pour tout vous dire, j'ai découvert Anita dans un article de Slate il y a quelques mois et je suis tombée en arrêt. Ce tableau représentait exactement les impressions que je commençais à ressentir avec mes cours de modèle vivant.

Mais commençons par dire un petit mot de l'artiste. Kees Van Dongen (1877-1968) est un peintre néerlandais au prénom franchement absurde (en entier : Cornelis Theodorus). Il est surtout l'un des membres d'un mouvement aussi bref que brillant, le fauvisme, qui a sévi dans le monde culturel parisien entre 1905 et 1910, ayant commencé à décliner en 1908. De la vie de Cornelis avant les Fauves, retenons surtout qu'il a reçu sa formation à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Rotterdam, où il fut adepte et artiste du quartier rouge entre 16 et 21 ans, en plus d'être sympathisant anarchiste. En 1899, il rejoint une femme à Paris et l'épouse. Il expose principalement au Salon des indépendants en 1904, aux côtés de Matisse ou Vlaminck. Mais la date à retenir est 1905 : le Salon d'Automne, exposition qui fait scandale dans le tout-Paris de la critique. Les couleurs sont criardes, violentes, sans nuances. Ceux qui s'appellent désormais les Fauves - Van Dongen, mais aussi Derain, Vlaminck, Braque et surtout leur précurseur, Matisse - viennent de lancer un pot de peinture pure à la face de Paris. Dans le prolongement de ses habitudes rotterdamoises, Van Dongen s'éprend de Montmartre, dont il s'applique à représenter les femmes - nues, très fardées, jusqu'à la déformation de leur visage par des couleurs trop vives et des lumières trop brutales. Malgré ses tribulations futures en Afrique du Nord, dans l'Europe des années folles ou encore en Allemangne nazie sur l'invitation de Goebbels, ce sont ces femmes de Paris qui demeurent sa marque de fabrique.

Il me semble qu'Anita représente assez bien tout cela... A ceci près que ce tableau m'évoque plutôt du Gauguin que du Toulouse-Lautrec ou du Degas, dont Van Dongen tire son inspiration. Je ne crois pas que ce soit une de ses toiles les plus célèbres, aussi me permettrai-je d'en parler très personnellement, sans blabla académique, ni prétention d'exhaustivité.
Ce que je vois chez Anita, c'est ce que j'ai trouvé sur les modèles que j'ai dessinées : des volumes. La technique des aplats de couleurs permet de représenter le corps comme une imbrications de pièces distinctes, plutôt que comme une ligne globale censée montrer la silhouette. D'abord, on ne peut pas dessiner une silhouette en modèle vivant, tout simplement à cause des jeux de lumière qui absorbent plus ou moins le corps dans le décor (c'est beau, j'ai pas fais exprès, promis). Et puis, franchement, quand je regarde mon corps, je n'ai pas l'impression que mon ventre soit le prolongement de mes seins, ni que mes jambes et bras soient des excroissances symétriques du tronc. Chaque membre a droit à son autonomie, sa couleur, sa lumière, bref, son volume.
Les Grecs de l'Antiquité vous auraient dit que la plus belle des harmonies vient de la combinaison de volumes qui se ressemblent sans être exactement de même dimension. Je trouve que ça vaut ici pour la couleur. Anita y gagne une beauté unique qui ne vient pas de ses mensurations ; de même, Anita le tableau tire des couleurs son unité : il faut imaginer cette toile toute rose contrastant avec des oeuvres politiquement correctes sur le mur bien blanc d'un musée bien classique, il y a de cela une petite centaine d'années... Comme j'aime cette femme criarde et sensuelle en dépit des conventions!

Pour en savoir un peu plus, je vous recommande cet article à propos de l'expo "Van Dongen, fauve, anarchiste et mondain" qui s'est malheureusement terminée en juillet dernier au Musée d'art moderne de la ville de Paris. En revanche, vous pourrez aller voir un peu de Matisse à l'expo "L'aventure des Stein" à partir du 5 octobre 2011 au Grand Palais. Bonne visite!

2 commentaires:

  1. Je confirme que l'expo Van Dongen du printemps dernier était très, très chouette.

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  2. rha je te déteste, du coup j'aurais trop aimer y aller, rétrospectivement...
    et au fait, ce tableau va super bien avec les couleurs du blog, j'avais pas du tout fait exprès! comme quoi, des filles nues, des couleurs, microclimats, toussa toussa...

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