mercredi 23 février 2011

Nouvelle-Calédonie, l’envers de la carte postale ?


La tête en bas, à 20 000 kilomètres du barycentre de nos cinq plumes respectives, je crois qu’il est temps de parler un peu du territoire calédonien. A vrai dire je ne sais même pas comment il faut qualifier l’archipel : ça n’est pas un DOM, ça n’est pas un TOM non plus, ni même un POM... L’hésitation de l’Etat français pour la dénomination-même du statut outre-mer de la Calédonie traduit bien le sentiment que le Zoreille (le métropolitain) éprouve au bout de quelques jours : ici, c’est pas la France.

Au départ, c’est parti d’une plaisanterie. « Fait chier cette obligation de stage à l’étranger ! Allez je postule en Calédonie. Au moins on y parle français. En plus je pourrai y passer mon permis ». J’avoue sans honte avoir choisi pour la carte postale, le sable blanc, les 300 jours d’ensoleillement par an.

Et une fois qu’on y est, on découvre que l’île n’est pas vraiment comme une carte postale. Enfin si, devant l’hôtel, en face des ribambelles de mailloteries de luxe et de glaciers, s’étend une baie avec de l’eau claire à 30°, orientée sous les alizés, avec du sable fin, des gens mais pas trop, « comme sur la photo ». Mais il suffit de marcher le long de la baie pour remarquer les premières anomalies. Déjà, il n’y a pas que des Blancs ! il y en a même assez peu. Kanaks, Wallisiens, Tahitiens, Nih-Vanuatu occupent le paysage, un peu à la plage, beaucoup en centre-ville. Sous les cocotiers, on les croise à toute heure, allongés, parfois somnolents, souvent indifférents. La ville de Nouméa n’est par ailleurs pas fantastique : majoritairement résidentielle, beaucoup de ports, mais peu de plages, et elles sont toujours fréquentées. La ville est étendue, rien ne peut se faire à pied. Et ici, le bus passe quand il veut…

Mais c’est surtout l’ambiance qui surprend : en Calédonie, on est loin du métissage créole où les profils tiennent de tous les continents à la fois, ou de l’hospitalité tahitienne où tout le monde se tutoie. Ici, le fraîchement débarqué se heurte au début à des communautés étonnamment hermétiques : entre Kanaks, Wallisiens, Caldoches, Zoreilles et touristes, il y a peu d’échanges spontanés. La plupart des liens transcommunautaires se tissent au travail ; mais le Zoreille qui n’a pas la chance de côtoyer des locaux ne les connaîtra jamais.

A mesure que la nuit tombe (et que les requins sortent chasser dans le lagon…), ce racisme latent cristallise peu à peu. Rares sont les boîtes ouvertes aux Mélanésiens ; cela explique sans doute pourquoi ceux-ci se retrouvent souvent à boire et fumer pour la défonce, sur les parkings, face à la mer ou à l’arrière du pick-up.

La fille prudente sera bien avisée de se faire raccompagner chez elle. Et encore, en choisissant bien son chauffeur : en Calédonie, l’alcool tue au moins un mort par semaine… En deuxième partie de soirée, les bagarres commencent à la sortie des boîtes de nuit. Il y a quelques jours, à quatre heures du matin, le soleil se lève presque ; un de mes voisins Zoreille rentre, la chemise couverte de sang : elle a épongé le sang d’un Kanak qui s’est fait éclaté une « bouteille carrée » derrière le crâne ; avant de s’enfuir, il a planté un des autres. Serein. Et ça se passe en bas de chez moi, sur la baie des hôtels de luxe…

Heureusement, la Calédonie ça n’est pas que ça. C’est aussi un endroit où le stress métropolitain n’a pas sa place. Où les palmes des cocotiers font de l’ombre aux joueurs de pétanque. Où après le travail, toutes les classes sociales de toutes les ethnies se retrouvent pour boire le kava dans les nakamals. Où au coucher du soleil, des familles wallisiennes pique-niquent sur la plage pendant que leurs enfants se baignent tout habillés dans une mer à 30 degrés. Où le temps, l’argent, le travail et la vie sont appréciées de façon radicalement différente. Où quand on rentre chez soi après avoir fini le travail à 17h, la première chose qu’on fait, c’est enfiler un maillot de bain ou un pareo. Où dans les bus on passe de la musique tahitienne. Où en brousse, à pied ou au volant, tout le monde se salue d'un sourire et d'un geste de la main. Où il suffit de mettre la tête sous l’eau pour voir des poissons tropicaux naviguer entre les coraux. Où la nature a quelque chose d’incroyablement sauvage et préservé.

Et puis, quand même : 300 jours d’ensoleillement par an. =)

1 commentaire:

  1. Tu veux pas poster des photos sur le blog? Histoire de faire un peu de couleur?

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