Seulement c'est l'occasion ou jamais de pouvoir poser des questions que je ne pose pas en général au mec avec qui j'ai eu 6h de vie commune dont 10 à 50% de communion charnelle et qui part avant le café. La question de la semaine était donc : est-ce que le plaisir masculin dépend aussi du sentiment de virilité, ou bien est-ce un bête réflexe biologique qu'on peut provoquer uniquement à coup de piston à condition de bien s'y prendre?
Je sais ce que vous vous dites : je me pose une question par mois, et elle est tordue, je ferais mieux d'aller regarder Mad Men au lieu de pourrir le net. Mais il se trouve que ça a suscité plusieurs idées et réactions intéressantes. Voyez plutôt.
L'avis de Monsieur : il a d'abord explosé de rire, puis pris un air très pincé, puis répondu "Euh, c'est quoi la virilité?". Bon déjà, j'admire qu'il ne se soit pas braqué quand j'ai abordé le sujet. Je lui ai retourné la question et voici ses réponses dans l'ordre :
- "c'est porter la barbe ?" (comprendre : la virilité se définit par des signes extérieurs)
- "c'est parce qu'on est plus forts que vous ?" (comprendre : la virilité se définit par comparaison avec nous, les femmes)
- ... je ne me rappelle plus quelle était sa troisième réponse, je crois qu'il n'y en a pas eu, ou alors c'était une considération vaseuse sur une certaine donnée métrique (comprendre : j'en sais rien, il est 9h du mat un samedi, va plutôt me faire un café)
L'avis de Madame tout court : j'ai posé cette question à la suite d'une considération généralo-personnelle qui est que pour faire jouir une femme, il ne suffit pas d'un homme très doué ou d'un sextoy très performant. Si elle ne se sent pas belle et heureuse et attirante à ses propres yeux, niet. Dam, je te vois venir : j'ai bien dit "à ses propres yeux", ce qui signifie qu'elle a sa propre notion de la féminité, qui peut impliquer des cheveux courts ou une poitrine plate ou une démarche de camion. Peu importent les canons féminins classiques, du moment qu'elle est le genre de femme qu'elle aime. Mon postulat est donc que le plaisir féminin et toute sa complexité sont en partie gouvernés par l'équation suivante :
femme + plaisir = sentiment personnel de féminité + pas mal de technique
En soi, cette réflexion n'a rien de compliqué ni de révolutionnaire. Mais si c'était faux pour les hommes, si homme + plaisir = juste un peu de technique (ce à quoi je ne crois pas vraiment), ça voudrait dire par exemple qu'un homme célibataire et en bonne santé ne pourrait pas refuser de coucher avec une femme sans donner une raison valable ("J'ai un RDV client dans 5 minutes", "La maison est en feu", "Je suis saoul", "Je ne suis pas assez saoul pour que tu sois belle"), alors qu'une femme pourra toujours répondre : "Non, et je te dirai pas pourquoi, c'est mon choix, insiste pas". Si on pousse un peu plus loin le débat, ça veut dire que quand je viole un homme (situation théorique, me demandez pas quand ni comment ça se passe), je peux violer son corps et son plaisir (rappel de l'hypothèse : c'est bêtement mécanique), alors qu'un homme ne pourra jamais violer que mon corps. Maigre revanche.
Je note que Monsieur a évité savamment la question de base et qu'il faut que je pense à l'oppresser à nouveau pour avoir son témoignage sur le thème "plaisir masculin" et pas seulement le thème "virilité".
Par ailleurs, je voudrais vous faire part de l'épilogue marrant de cette histoire. Trois jours plus tard, après un moment de mutisme pensif, il m'a demandé : "Est-ce que tu me trouves viril?" :)
Alors, est-ce que tu le trouves viril ?
RépondreSupprimerAstre, j'admire la finesse avec laquelle tu saisis la question de fond et nous fais part de tes réflexions inspirées sur le sujet...
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